Quand Outreaux outre notre Garde des sceaux
Certaines déclarations publiques me semblent
parfois surprenantes, et même inadaptées par le
peu de recul qu’elles affichent, surtout quand elles
émanent d’un ministre d’état.
Notre Garde des sceaux m’apparaît – et
cela n’engage que moi – assez coutumier de ces
discours dont on apprend même parfois que l’on a mal
entendu…
Or donc, Monsieur Dominique Perben tire à boulets rouges
– mais à mots masqués – sur
les magistrats qui sont intervenus tant au niveau de
l’instruction qu’à celui du jugement,
dans le procès d’Outreau.
Cette affaire, il est vrai qu’elle est bien laide, et laide
également à tous les niveaux.

Il est toujours facile de critiquer a posteriori la
façon dont une affaire a été
traitée. Même si le sentiment qui
m’envahit à l’issue de ce verdict est un
énorme gâchis, je voudrais cependant, remarquer
ceci :
Que dire, a priori d’un magistrat qui
n’aurait pas donné crédit à
la parole d’enfants victimes de viols alors même
qu’un expert judiciaire affirmait la
crédibilité de celle-ci ?
Que dire de magistrat qui n’aurait pas placé en
détention préventive des personnes, lesquelles
auraient ensuite été convaincues de viols sur
mineur de quinze ans ?
Notons quand-même qu’avec le discours
sécuritaire ambiant, on place en détention
préventive à tour de bras en ce moment…
Reprocher aux juges (à mots couverts ?) d’avoir
suivi les conclusions d’un expert judiciaire ou
même de l’avoir désigné est
pour le moins indélicat. On ne se proclame pas
spontanément expert judiciaire et on en
connaît même de très respectable,
à la tête de grandes institutions publiques et
dont personne n’aurait osé mettre la parole en
doute qui ont été brutalement rayé des
liste avec perte et fracas…
Monsieur Dominique Perben qui n’est pas un juriste et n’a aucune pratique
judiciaire devrait pourtant savoir que ces
affaires-là sont un véritable tourment en raison
des intérêts en cause, et de
l’émotion qu’elles suscitent, celle-ci
étant toujours très mauvaise
conseillère.
Que des erreurs aient pu être faites, cela est
très possible, et même certain. Mais cela ne
justifie pas à mon sens de commenter de la sorte une
procédure et de clouer des juges au pilori…
Et je n’aborde pas même les modifications de la loi
envisagées par le Garde des sceaux en réaction
à ce procès.
Sous réserves que ces déclarations soient
bien les bonnes, je considère qu’elles
relèvent de la plus haute fantaisie et
qu’à vouloir flatter la chèvre
(s’insurger contre la détention
préventive des innocents d’Outreaux) et bichonner
le choux (crier à
l’insécurité et quasiment encourager le
recours à la détention), Monsieur Perben peine
à trouver l’équilibre.
En conclusion, je voudrais simplement rappeler deux points.
La vérité en
matière judiciaire est une chimère, on peut
parfois y parvenir, mais le plus souvent on cherche à
l’obtenir sans même jamais acquérir la
certitude qu’on l’a atteinte. Je vous invite
à lire sur ce point un excellent
billet de mon confrère Eolas.
Peut-être serait-il bon que notre ministre de la justice le
sache aussi…
Enfin, le Conseil supérieur de la magistrature, saisi par le
Président de la République après
l’engouement provoqué par l’affaire
Juppé, avait indiqué dans un avis du 28 avril 2004 :
E - Sur le commentaire des décisions de justice
Le Conseil Supérieur de la Magistrature tient à rappeler que si le libre commentaire des décisions de justice est reconnu dans toutes les sociétés démocratiques, cette liberté de discussion et, le cas échéant, de critique, trouve sa limite dans l'interdiction prévue par l'article 434-25 du code pénal de "chercher à jeter le discrédit, publiquement, par actes, paroles, écrits ou images de toute nature, sur un acte ou une décision juridictionnelle dans des conditions de nature à porter atteinte à l'autorité de la justice ou à son indépendance".
Il observe que si la plupart des réactions suscitées par le jugement en cause, malgré leur vivacité, sont restées dans les limites de la loi et des usages admis en France, certaines d'entre elles présentaient un caractère manifestement excessif qui aurait pu justifier des poursuites pénales. Plus généralement, rappelant que dans un précédent avis du 11 mars 2004, il a déjà préconisé qu'il soit recommandé aux autorités publiques de "s'abstenir de déclarations mettant en cause la bonne foi ou l'impartialité des magistrats dans l'exercice de leur activité juridictionnelle", le Conseil Supérieur de la Magistrature estime que l'application effective du principe constitutionnel de la séparation des pouvoirs devrait conduire les membres de l'Exécutif et du Législatif à une particulière réserve dés lors qu'ils commentent une décision de justice, à plus forte raison lorsque celle-ci peut encore être examinée par une juridiction supérieure.
Je rappelle donc à notre éminent Garde
des sceaux que depuis la loi nÝ 2000-516 du 15 juin 2000, les
arrêts rendus par les Cours d’assises peuvent faire
l’objet d’un appel…(articles
380-1 et suivants du Code de procédure pénale)
Par Veuve Tarquine
lundi 5 juillet 2004 à 00:08
(non) droit ou (in)justice
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Commentaires
Le jeudi 8 juillet 2004 à 23:16
par
ta copine M
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Le dimanche 22 janvier 2006 à 20:41
par
holà
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Le mercredi 8 février 2006 à 21:07
par
cici
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