l’une ou l’autre en Grèce

Cela ne vous arrive t’il jamais de voyager dans le passé ?

Je dois concéder que cela m'arrive souvent. Sans doute parce qu'à certains moments j'appréhende tellement le présent que je me réfugie dans ma mémoire insondable et si précise.

Je quitte l'instant, je navigue dans le temps, faisant fi de la chronologie et peut-être même de la vérité.

Il me semble que mes souvenirs sont là pour me protéger. C'est curieux mais quand j'ai l'impression de toucher le fond, ils surgissent comme pour faire écran entre ma conscience et la douleur du moment présent.

Une odeur échappée de l'étal d'un primeur et je me retrouve en Grèce avec mes parents, à Olympie, filmant de ma petite caméra Fuji les nids de fourmi, les feuilles d'acanthe. (et si peu les ruines antiques, estimant sans doute que ces merveilles étaient éternelles)

Me reviennent les fous-rire qui nous terrassaient avec Zomozygote quand nous échangions nos réjouissantes lectures (le fameux « Gnoc » de Monsieur BOULIER ou les savoureux dialogues entre Ficelle et Boulotte).

Je pourrais presque me croire ainsi au cinéma faisant défiler les séquences de mon passé.

La seule contingence, afin que reste sûr ce refuge, est de ne pas dépasser la date de ma rencontre avec Tarquin l’aimé.

Passée cette date, me remémorer les jours heureux devient une souffrance d’une rare intensité.

Peut-être avec le temps pourrais-je y puiser des parcelles de réconfort, me souvenir que le bonheur existe, que je l’avais rencontré et surtout que je le savais…