Une maison au crayon

Je ne sais si les maisons ont une âme. Je ne sais si les lieux dispensent à leur tour l’amour que leurs hôtes leur ont donné.

Je ne sais si les endroits qui ont touché du doigt le bonheur, transmettent la joie de ces années-là.

Durant ces trois jours, je vais retrouver la maison qu’aimait mon père, la maison où j'ai vu ma mère heureuse, la maison où les tarquinets riaient avec leur papa, celle où Tarquinou a fait ses premiers pas.

Je me souviens du temps où Tarquin y a connu mes parents, celui où vous étiez là, tous les trois. Le temps béni où Tarquin faisait tant rire Papa et Maman.

Comme il est loin ce temps là… et la maison est toujours là.

Papa est parti le premier, dans un gémissement d’acier, un hurlement de tôle qui ne sont rien à côté du tumulte de l’effroi et de l’iniquité. Tué par un gardien de la paix imbibé qui était censé travailler -et non picoler- la nuit durant. Peut-on rêver de pire ironie ?

Dix ans plus tard, Tarquin partait. Trois semaines après Maman s’endormait à jamais.

Et cette maison quant à elle, est toujours là, ce n’est pas vingt siècles qui me contemplent mais une infinité de souvenirs qui auraient dû rester heureux et non pas désespérés par leur brièveté…



Je vais la retrouver.
Je vais m’y affronter.
Elle m’attire et me fait peur.
Je dois dompter mes frayeurs.