Des mérites comparatifs du RER, du vélo et du taxi

Ce soir, pressant le pas pour rejoindre, depuis mon boulot, mes tarquinets, je mesurais les avantages et les inconvénients du vélo et du RER.
En réalité, je pleurais à chaudes larmes dans la rue en pensant à mes "chers disparus". Je songeais combien la bicyclette offrait d'avantages sur ce plan précis : entre le vent, la vitesse, les poussières et ce pollen qui commence à inonder l'air parisien, on peut y pleurer sans aucun souci de discrétion !
N'étant pas venue le matin à l'aide de mon fidèle destrier d'acier, je fonçais donc au RER tête baissée pour planquer mes larmes.
Arrivée sur le quai, peu après avoir recouvré la vue à l'aide d'un providentiel mouchoir, je m'aperçois qu'il n'y a pas le plus petit bout de chaussures (hormis les miennes) dans mon champs de vision...
Alertée, mon oreille me confirme qu'il n'y a pas le moindre brouhaha...
C'est en levant la tête que je réalise que je peux pleurer parfaitement à l'aise : il n'y a strictement personne !
Un deuxième mouchoir plus tard, la guichetière, que j'interroge, m'indique qu'une caténaire est tombée sur la voie, il n'y a donc plus de RER qui circule.
Peste! Voilà donc un deuxième énorme avantage du vélo sur le RER, ce dernier est toujours en panne, en grève ou en maraude quand je m'avise de le prendre !
Ruminant de funestes desseins à l'encontre de ces transports parisiens, je fonce vers la bouche de métro la plus proche.
En sortant de la gare, je vois une dame chargée comme un mulet qui pleure autant que je pleurais moi-même quelques instants auparavant.
Elle semble complétement perdue sans savoir où aller.
Elle avise une jeune personne à l'air accorte qui, à ses demandes de renseignement, lui rétorque un sec "je ne sais pas".
Je ne sais pas si j'ai l'air accorte (je m'en moque un peu je dois dire et puis avec les yeux que je devais avoir, j'en doute un peu...).
Je sais en revanche que je n'ai ni peur ni honte d'aller aux devants de ceux qui semblent en avoir besoin.
Je me détourne donc de ma trajectoire pour aller quérir si je pouvais aider cette robuste personne essouflée sous le poids de ses paquets et de sa détresse.
Elle est perdue, complétement perdue, irrémédiablement perdue, elle a dû quitter son RER en raison de cette indomptée caténaire, elle doit prendre un train à la gare d'austerlitz pour la province et elle est a bout de nerfs.
Je m'aperçois qu'un petit garçon l'accompagne.
En attendant avec eux à la tête de taxi où je les avais menés, il m'apprend qu'il vient d'avoir 5 ans samedi dernier, et que le sac que je porte contient tous ses jouets -pas seulement ses cadeaux, non tous ses jouets.
Je soupèse ce sac, elle n'est pas si lourde cette besace... je pense aux tombereaux qu'il me faudrait pour transporter tous les jouets de mes tarquinets...
Et sa confortable maman a les yeux non seulement rougis par les larmes mais entourés d'un bistre couleur torgnolle...
En repartant vers la bouche de métro je pense à elle et à sa fuite d'un compagnon d'infortune trop violent, peut-être le père de ce petit garçon si fier de ses "action-man".
Il m'apparaît alors que l'absolue certitude d'avoir été autant aimée par "mes chers disparus" est un précieux joyau dont il faut prendre soin.
Et puis tout compte fait, tant pis pour le retard que j'ai accumulé, tant pis pour le RER que j'ai raté, et tant pis pour le billet que je lui ai donné... un taxi, parfois, ça peut sauver la vie.
Par Veuve Tarquine
mardi 13 avril 2004 à 23:30
De bric en vrac
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