La plus grande misère que je connaisse c’est celle de reprocher aux autres ce qu’on l’on ne parvient pas à être soi-même.

J’ai perdu de grandes choses dans ma vie. J’écris “des choses” mais c’est surtout des gens en fait. Et puis j’ai compris que ce qui comptait c’était moins l’immense perte que j’avais d’eux que la richesse de ce que j’avais vécu avec eux.

On ne se nourrit pas de vide. On s’y perd.

Alors j’ai continué à remplir ma vie. Je l’ai remplie de pleurs parfois, surtout ici. Et puis jour après jour je l’ai remplie de projets un peu foutraques et du délicat plaisir de la sentir vibrer dans le sourire d’un enfant, le ronron d’un chat, le souffle court d’une ligne d’arrivée ou quelques costumes vénitiens. Jour après jour, je me suis dit qu’il ne fallait pas avoir peur parce qu’en réalité je n’étais pas seule.

Ceux qui m’aimaient ne m’ont pas quittée. Je les porte en moi. Quand j’ai peur, je pense à eux. Alors je sais qu’ils sont là, qu’ils m’aiment, qu’ils sont fiers de moi et qu’ils ont confiance.

Et puis et puis… il y ma précieuse marmaille. Celle qui s’éparpille dans tous les sens et puis, en un instant, se resserre autour de moi sans que je ne sache bien s’ils font corps ou s’ils font rempart. Peu importe ils sont là. Avec leur amour et leur confiance.

Je n’ai rien à envier à personne. Il ne faut jamais être envieux. Il faut vivre sa vie à soi. Il faut la remplir, il faut la goûter. L’aigreur ne se développe que dans le vide.

Les temps modernes et leur manie de tout modéliser nous parlent d’énergie positive comme si les humains étaient des bâtiments. Je ne comprends pas bien ces concepts d’isolation ou d’énergie appliqués à l’humanité mais je sais que le jour où je ne serai plus capable de savourer le plaisir délicat de voir des gens heureux, il faudra vraiment que je me penche sur la façon dont j’ai rempli ma vie…

Hier soir, il était tard quand je suis sortie du cabinet. Sur les trottoirs les parisiens goûtaient cette particulière saveur d’été encore effarouché. Cela m’a rendu tellement heureuse que j’ai compris que pour moi aussi l’été était là !