Quelques pages arrachées d’un carnet noir une année ou une autre :

La pluie qui s’abat sur le hublot.
Un masque en plâtre acheté à la hâte pour faire croire aux enfants que le carnaval est drôle, attrayant et un peu magique. Ce qu’il est parfois.
La pluie tombe et tombe encore, la regarder s’abattre et intimement savoir que  derrière les masques il n’y a point de licence, de liberté ou de joie. Rien que cette pluie qui tombe au dehors comme au dedans, et coule sur ma tristesse d’autant plus profonde que l’injonction d’être heureux est impérieuse. 
Un loup, un tricorne pour faire illusion et une cape pour faire disparaître mon corps. Et puis toujours cette pluie froide et obstinée qui signe mon humeur et alourdit mon vêtement.
Un jour peut être l’espoir disparaîtra et avec lui sa cohorte de désespoirs sans cesse renouvelés. Cette horlogère minutie de déceptions qui rythme avec constance et obstination l’expression du désir.
Retrouver à chaque fois l’aiguillon de cette souffrance-là. Se maudire et se maudire encore, toujours un peu plus fort de ne pas avoir appris de ces milles et incessants tourments qui l’ont précédés. Comme je me hais de ne rien apprendre du passé tel un papillon aux ailes maintes fois brûlées et maintes fois rebrûlées qui s’agite et bat ses moignons en cadence comme s’il pouvait encore voler. Insecte pitoyable, gauche et misérable de tout ce qu’il n’a pas su définitivement abandonner.
Magnifique personnage de carnaval…