Se concentrer sur les longs chapelets de mots qui s’égrainent, comme si leur familiarité pouvaient être un réconfort. Deviner parfois l’ordre dans lequel ils s’enchaînent. Ne pas prêter attention à cette ombre qui descend mi-subreptice mi-lénifiante. Tendre l’oreille comme hier, comme toujours. Écouter.

Et brutalement n’avoir qu’un seul désir, celui du silence ; que ces bouches qui crient leurs histoires se taisent enfin. Qu’elles me laissent tranquille. Qu’elles cessent de chercher mon assentiment, mes encouragements. Je n’ai rien envie de leur dire. Je n’existe pas. Je le sais, je le sens, je le vois. Leurs yeux sont vides. Ils me traversent et me travestissent. Déguisée, grimée d’intentions qui ne sont pas miennes, de desseins étranges qui n’appartiennent qu’à eux. S’en défendre est irrémédiablement vain. Croiser le fer ne sert qu’à donner un peu plus corps à ces spectres. Et rien n’est moins invincible qu’un fantôme. N’être plus que réduite à voir le piège duquel je ne sais pas sortir.

Peste que j’ai froid…