Cette année, j’ai longuement hésité à m’y inscrire : je sais mes difficultés à ne pas entrer dans les courses et je ne voulais pas griller ma préparation pour ce maudit marathon de Paris (trois fois inscrite et jamais couru en raison de fractures des métatarses…). Et puis finalement, malgré mes sempiternels reproches contre son organisateur, j’ai décidé de rempiler et de payer le prix fort pour participer à cette épreuve qui constitue d’année en année ma première de la saison. Évidemment le nez dans le guidon de mes quatre séances hebdomadaires en vue du MDP, pas question de faire la moindre préparation spécifique. Ce semi me tiendrait lieu de séance longue dans ma 5ème semaine “de #PM42”.
Je me suis juste organisée pour placer les trois autres séances en tout début de semaine et me laisser deux jours pour “faire du jus” avant le départ. Pour le reste, je me suis limitée à confectionner une jupette aux couleurs de l’association France Choroïdérémie, à retailler son tee-shirt officiel en débardeur et à me faire les ongles en vert… c’est vous dire de quel ordre étaient mes préoccupations…
Bref, je vais vous faire l’économie de mes récriminations sur le nombre de toilettes mises à dispositions de 33.000 coureurs (compte tenu de cette inorganisation manifeste, je m’interroge quand-même quant à savoir comment je vais devoir procéder, pour me soulager, au départ du MDP qui ne sera pas, quant à lui, bordé de sous-bois accueillant mais des Champs-Elysées débordant de passants…) ou du temps qu’il m’a fallu pour rejoindre mon sas de départ… Toujours est-il que quelques minutes à peine avant les 10 heures du départ officiel j’avais rejoint le parc des “1 heure 50”. Forte de mon expérience de l’an passé, je me suis faufilée du mieux que j’ai pu pour avancer au plus près de la ligne et ne pas perdre un temps considérable à jouer à saute-mouton avec celles et ceux qui n’ont manifestement rien à faire dans ce sas. Je me suis échauffée sur place, ma montre calée sur le cardio et ma “zique” vissée dans les oreilles, en sautant, dansant et courant sur place, le tout en essayant de ne pas trop écraser les arpions de mes voisins… Après avoir rejoint -enfin !- la ligne de départ, je me suis élancée directement sur le côté de l’avenue et bifurqué au premier ralentissement sur le trottoir attenant pour tenter de conserver mon rythme de croisière. En voulant vérifier ma vitesse (ma montre “GPS” me l’indique), je m’aperçois que l’écran est verrouillé sur mon rythme cardiaque. Il me suffit d’une pichenette pour le faire disparaître mais je décide immédiatement de cavaler sans temps et sans vitesse mais uniquement au cardio.
Jamais je ne l’avais fait auparavant et je n’y avais jamais songé mais brutalement, ce joli billet de Cécile Bertin m’est revenue en tête. Oui, j’avais envie de courir juste pour le plaisir ! De surcroît, cavaler au cardio,en prenant garde de ne pas le faire monter dans les hauteurs -toutes relatives chez moi- m’est apparu comme la solution idéale pour ne pas me griller pour la suite de ma préparation.
Une fois cette décision prise, j’avoue que je n’ai pas pris garde à grand chose. J’ai senti que mes jambes moulinaient bien même si mon cœur restait dans mes fréquence “marathon”. Je n’ai même pas prêté attention au kilométrage sur le bord de la chaussée. En passant les 10 kilomètres, j’ai quand-même aperçu le temps “officiel” (celui du départ des élites à 10 heures): 1 heure 20. Je me suis souvenue que mon départ s’était fait aux environs de 10 heures 30 et par déduction que je devais être aux alentours des 50 minutes aux 10 bornes. Comme cela me semblait un peu rapide pour un semi et moyennement compatible avec ma fréquence cardiaque de sénateur en goguette, je n’ai pas vraiment porté crédit à ce calcul au “doigt mouillé” 1 et j’ai continué à profiter de l’ambiance. Oui, car s’il y a bien quelque chose qu”il faut reconnaître à cette course c’est son ambiance que j’ai trouvée cette année particulièrement festive. Je n’ai jamais autant reçu d’encouragements, de pompiers, de secouristes, de minots qui tendaient leurs mains pour venir frapper les nôtres. J’ai lu des pancartes drôles, tendres, parfois émouvantes tendues par des enfants, par des amis, des amoureux ou des parents. J’ai rendu les sourires du mieux que j’ai pu, remercié d’une inclinaison de casquette tous ceux qui m’ont encouragé par mon prénom (et ils étaient nombreux !)
Il faisait beau, si beau ! Les gens étaient heureux et je les trouvais charmants. Paris était plus belle que jamais, et ses musiciens qui s’émaillaient tout au long du parcours si généreux… Je n’ai pas vraiment surveillé mon allure mais je n’ai pas vu le temps passer. J’ai juste pris garde à ne pas ralentir par trop dans les côtes (qui sont manifestement mon très gros point faible). Après le 15ème j’ai enfin songé à me ravitailler et me suis aperçue que ma boisson d’effort faite ” à l’arrache ” le matin même (et non goûtée!) était trois fois trop sucrée. Heureusement, le dernier ravito était à deux pas. J’ai eu le temps d’attraper une bouteille d’eau sur une table (en pestant contre un tel gâchis) avant de la jeter quelques mètres plus loin après en avoir bu à peine quelques gorgées… J’ai résisté à l’envie de connaître mon temps. De toute façon au point où j’en étais ma course était faite et compte tenu du relief de la fin de course, je n’y pourrais rien changer (je perds vraiment beaucoup de temps dans les côtes même de faible inclinaison). Si je n’ai pas vraiment souffert, j’ai quand-même constaté que mon palpitant avant gagné deux pulsation/minute ; cela restait parfaitement raisonnable, mais ce n’était plus le moment d’accélérer. Et ce d’autant moins que les douleurs osseuses qui ont fait un enfer du dernier marathon que j’ai couru à Laval avaient réapparues. Parfaitement gérables sur quelques kilomètres, pas question de taper plus fort le pavé sous peine de grever définitivement la fin de ma préparation marathon… J’avoue que je me suis fait surprendre par l’arrivée que je croyais beaucoup plus loin ! Je ne m’attendais pas à voir les photographes si vite j’ai quand même eu le temps de leur faire de grands signes et soigner mon sourire (de toute façon, j’ai toujours l’air tarte alors au moins avoir l’avoir l’air de la tarte heureuse que j’étais !). La plus grande surprise a été de m’apercevoir que la ligne d’arrivée était déjà presque à portée de main ! J’ai à peine eu le temps d’allonger ma foulée (j’ai conservé le plaisir tiré de l’enfance de m’élancer à corps perdu dans la dernière ligne droite) et paf, j’ai arrêté mon chronomètre.
Et puis j’ai fait quelques mètres tranquillement, savourant encore pendant quelques instants le bien-être de courir sans se soucier du temps qui passe… Et j’ai enfin collé la petite pichenette qu’il fallait à ma montre pour afficher le chronomètre : 1h.50’17 (en réalité 1h50’14 au chrono réel de l’épreuve). Sans effort particulier et sans vraiment y penser je venais d’améliorer mon temps sur semi… J’étais ravie, évidemment. Et à dire vrai, je crois que je n’étais pas si surprise que cela, je sentais bien que je courais avec facilité et au fil de mes entraînements j’avais déjà compris depuis un petit moment que je courais bien mieux quand je n’avais pas conscience de ma vitesse… et qu’aucune barrière ne venait s’élever dans ma tête…

VT - semi Paris 2014

De cette première course de l’année, je tire quelques conclusions qui ne sont pas toutes satisfaisantes.
Certaines sont aisément réparables :
- cesser de bricoler à l’arrache mes boissons d’effort et prendre au moins le soin de les goûter avant le départ !
- cesser de se couvrir pour courir ! J’avais prévu de cavaler en débardeur et j’ai bêtement enfilé un sous-pull au prétexte que tout le monde était couvert autour de moi. Résultat j’ai cuit et recuit durant 20,700 mètres et la première chose que j’ai faite après avoir passé la ligne d’arrivée a été de me désaper (faisant fi de toute pudeur)… puis durant l’heure d’attente à récupérer ma consigne, de renfiler des vêtements mouillés !
En revanche, il est une conclusion qui n’augure rien de bon pour la prochaine course, c’est la non-disparition des douleurs osseuses… Je sais -d’expérience-  que lorsqu’elles apparaissent en cours d’épreuve, elles vont en s’aggravant tout au long des kilomètres pour devenir quasiment intolérables. Conserver son allure voire même terminer dans ces conditions-là est une entreprise difficile…
Quelque soit ma forme et la régularité de mes entraînements, je ne fais vraiment aucun pronostic de temps pour le prochain marathon de Paris… et je reste sur le seul but que je m’étais fixé au moment de mon inscription : le terminer avec le moins de souffrance possible.


1 En réalité mon temps réel au 10 kilomètres était de 50’54”