Une annéee avec la bien nommée : Mademoiselle Azerty
Je n'ai jamais choisi les chats avec lesquels j'ai vécu. Le premier,
celui de mon enfance l'avait été par Zomozygote. Puis, le second, mon
chat Bidule était tombé dans ma vie comme un caillou au milieu d'une mare pour ne jamais cesser
d'y faire des ondes. Caramel, chaton affamé avait suivi mon mari dans
la rue jusqu'à se faire adopter avant d'y retourner se perdre quelques
mois plus tard. Et puis enfin Minou, l'aimable et vieux matou au cœur
d'or n'avait plus personne pour s'occuper de lui alors il est simplement
venu s'occuper de nous. Bref, c'était toujours eux qui m'avait trouvée...
Je m'étais bien jurée de choisir le prochain ainsi que le moment où il entrerait dans ma vie... quand un chien le déposa à mes pieds. C'est ainsi que Mademoiselle Azerty du haut de ses dix jours de vie a conquis la place par KO... Allez donc résister au plus formidable arsenal de séduction que possède un chaton, qualité au demeurant tout à fait fondamentale pour assurer sa propre survie. Allez donc résister à un regard humide et implorant d'yeux à peine éclos, à des miaulements de détresse chuchotée et pis que tout... à l'abandon confiant qu'elle vous offre lorsqu'elle a considéré que vous étiez précisément celle qui allait lui sauver la peau : difficile de ne pas se sentir investie d'une héroïque mission !
Je dois avouer que si l'animal a eu la délicatesse de me laisser penser que je n'étais point étrangère à cette belle entreprise de sauvetage, j'ai toujours eu le sentiment diffus mais prégnant qu'elle en était le premier artisan. Elle me pardonnait tout, les biberons mal dosés et les gestes malhabiles pour tenter de les lui faire avaler, les nuits passées seule entre deux bouillottes et les heures d'épluchage à lui enlever les tiques dont elle était recouverte. Elle ne pesait à peine plus de 100 grammes et de ces quelques grammes irradiait une rage de vivre qui forçait mon respect. Je sais bien que je l'ai pas sauvée. Elle s'est d'abord sauvée elle-même.
Et à coté de ce que vétérinaires ou internet ont pu m'apprendre (informations ô combien précieuses !), elle m'a aussi enseigné quelques félines évidences. Je sais désormais que le lait coagulé dans les poils se nettoie bien mieux avec de la salive qu'avec de l'eau. Et ce faisant j'ai découvert incidemment que porter l'odeur de la première la rassurait grandement. Illusion ou non, j'ai eu le sentiment qu'à partir du moment où nous partagions cette odeur, elle n'en était que plus calme. Alors tous les matins je portais et reportais mon index à ma bouche pour consciencieusement faire sa toilette. Et si je vous dis que certains matins encore la bellote m'abandonne son pelage en ronronnant quand je retrouve les gestes d'antan, je ne mentirais pas vraiment...
Le temps de la découverte est venu. Celui où elle a quitté le confort douillet de ma peau pour... faire le tour de mon corps de géante ! Allongée par terre elle me contournait lentement sans jamais cesser de garder contact, revenant vite vers mes mains au moindre bruit suspect. J'étais exactement les frontières de son monde ... jusqu'au jour où elle s'est enhardit à me quitter de... 10 cm ! avant de s'effaroucher et non pas de faire marche arrière (la pauvrette ne savait pas faire demi-tour !) mais de marcher gauchement à reculons en s'emmêlant quasiment les pattes dans son trognon de queue ! Deux jours plus tard elle était déjà loin.
Malgré le temps et l'attention consacrée j'ai constaté combien les siens lui manquaient. Se blottir contre les cochons d'inde la remplissait d'aise, sans doute en souvenir du temps où elle partageait la chaleur de ses frères et sœurs. Et après avoir entendu parler de singes orphelins rassurés par la présence d'une peluche, j'ai glissé dans son panier un substitut maternel en la personne d'un mouton blanc, ancienne possession de ma Tarquinette. Mademoiselle Azerty ne l'a plus quitté son mouton ! Elle ne dormait que contre lui, avant de prendre l'habitude de le traîner dans la maison au milieu des travaux du moment et des piles de bouquins... Puis de l'abandonner brutalement pour un hérisson volé subrepticement dans la chambre de Tarquinette et que nul n'a pu la convaincre de lui restituer ! C'est ainsi qu'avec le règne de Henri le Hérisson, le trafic de chaussettes qui assombrissait la vie de mes deux garçons a pris fin ! Il n'était pas rare en effet de voir la chatte filer ventre à terre tenant dans sa gueule un objet mystérieux poursuivie par Tarquinet ou Tarquinou lesquels hurlaient à tue-tête "elle m'a volé une chaussette !" Durant cette sombre époque, de nombreux couples de chaussettes furent définitivement décomposés.
Enfin, après les larcins et les bêtises de mômes, exactement comme pour les enfants, on sent venir le temps des acquisitions : celui du mimétisme forcené. A sa manière et avec sa compréhension de notre monde étrange, Azerty s'est mise à me singer, à tenter de reproduire les gestes de mon quotidien.
Et j'ai compris que c'était dans l'intimité du silence des petits matins que les grands combats se gagnent ! Lorsqu'à la fin des vacances je me suis retrouvée dans l'impossible situation de devoir emmener ma chatte au bureau au prétexte qu'elle se savait pas se passer de son biberon, il m'a bien fallu la convaincre de laper ! Alors, à quatre pattes près d'elle j'ai mille fois fait l'aller puis le retour entre la tétine du bib et l'écuelle de lait. Je l'ai patiemment regardé s'approcher, me dédaigner, s'interroger et puis se laisser vaincre par son insatiable curiosité (et vraisemblablement son appétit !)
Si malgré de nombreuses tentatives et à mon grand regret, elle n'a pas adopté, les toilettes pour y faire ses besoins, je dois reconnaître qu'elle a parfaitement compris comment appuyer sur un interrupteur pour allumer la lumière et si par malheur elle se trouve face à une porte close, elle sautera et ressautera sur la poignée de celle-ci pour tenter d'ouvrir l'obstacle et y parvenir parfois !
Aujourd'hui cela fait exactement un an que Mademoiselle Azerty est entrée dans a vie. Une grande... qui pourtant se comporte souvent avec moi comme le bébé qu'elle était. Rarement à plus d'un mètre de ma personne, si je change de pièce, l'air de rien, elle me suivra. Elle ne joue les terreurs dans le jardin de la demeure qu'à la seule condition de rester dans mon sillage... Elle reste désormais seule sans miauler, ne passe plus toutes ses nuits dans mes draps et attrape même des souris ! Son plus grand défaut : un amour immodéré des claviers dont je ne suis jamais parvenue à la détourner. il suffit que je tourne les yeux ou le dos pour qu'elle y risque une patte et si je change de pièce, s'y vautrera de tout son long avec délices... Sans doute la faute à mon grand qui lui a dégoté ce nom si prémonitoire !
Voilà un an, que cette boule de poils qui tenait dans ma paume m'a séduite et me ravit ; pourtant dans ce tableau il reste une évidence que l'on ne peut taire : celle d'avoir été éloignée bien trop tôt de sa mère. Particulièrement peureuse, elle crache là où les autres félins lèveraient le sourcil. Et si parfois je n'entends plus son crachouillis durant un mois, il suffit d'un élément de nouveauté (changement de lieu, tête nouvelle...) pour que je sente immédiatement sa crainte s'installer et sa mimique apparaître... On s'en accorde. Et pour se rabibocher, on se câline...
Je m'étais bien jurée de choisir le prochain ainsi que le moment où il entrerait dans ma vie... quand un chien le déposa à mes pieds. C'est ainsi que Mademoiselle Azerty du haut de ses dix jours de vie a conquis la place par KO... Allez donc résister au plus formidable arsenal de séduction que possède un chaton, qualité au demeurant tout à fait fondamentale pour assurer sa propre survie. Allez donc résister à un regard humide et implorant d'yeux à peine éclos, à des miaulements de détresse chuchotée et pis que tout... à l'abandon confiant qu'elle vous offre lorsqu'elle a considéré que vous étiez précisément celle qui allait lui sauver la peau : difficile de ne pas se sentir investie d'une héroïque mission !
Je dois avouer que si l'animal a eu la délicatesse de me laisser penser que je n'étais point étrangère à cette belle entreprise de sauvetage, j'ai toujours eu le sentiment diffus mais prégnant qu'elle en était le premier artisan. Elle me pardonnait tout, les biberons mal dosés et les gestes malhabiles pour tenter de les lui faire avaler, les nuits passées seule entre deux bouillottes et les heures d'épluchage à lui enlever les tiques dont elle était recouverte. Elle ne pesait à peine plus de 100 grammes et de ces quelques grammes irradiait une rage de vivre qui forçait mon respect. Je sais bien que je l'ai pas sauvée. Elle s'est d'abord sauvée elle-même.
Et à coté de ce que vétérinaires ou internet ont pu m'apprendre (informations ô combien précieuses !), elle m'a aussi enseigné quelques félines évidences. Je sais désormais que le lait coagulé dans les poils se nettoie bien mieux avec de la salive qu'avec de l'eau. Et ce faisant j'ai découvert incidemment que porter l'odeur de la première la rassurait grandement. Illusion ou non, j'ai eu le sentiment qu'à partir du moment où nous partagions cette odeur, elle n'en était que plus calme. Alors tous les matins je portais et reportais mon index à ma bouche pour consciencieusement faire sa toilette. Et si je vous dis que certains matins encore la bellote m'abandonne son pelage en ronronnant quand je retrouve les gestes d'antan, je ne mentirais pas vraiment...
Le temps de la découverte est venu. Celui où elle a quitté le confort douillet de ma peau pour... faire le tour de mon corps de géante ! Allongée par terre elle me contournait lentement sans jamais cesser de garder contact, revenant vite vers mes mains au moindre bruit suspect. J'étais exactement les frontières de son monde ... jusqu'au jour où elle s'est enhardit à me quitter de... 10 cm ! avant de s'effaroucher et non pas de faire marche arrière (la pauvrette ne savait pas faire demi-tour !) mais de marcher gauchement à reculons en s'emmêlant quasiment les pattes dans son trognon de queue ! Deux jours plus tard elle était déjà loin.
Malgré le temps et l'attention consacrée j'ai constaté combien les siens lui manquaient. Se blottir contre les cochons d'inde la remplissait d'aise, sans doute en souvenir du temps où elle partageait la chaleur de ses frères et sœurs. Et après avoir entendu parler de singes orphelins rassurés par la présence d'une peluche, j'ai glissé dans son panier un substitut maternel en la personne d'un mouton blanc, ancienne possession de ma Tarquinette. Mademoiselle Azerty ne l'a plus quitté son mouton ! Elle ne dormait que contre lui, avant de prendre l'habitude de le traîner dans la maison au milieu des travaux du moment et des piles de bouquins... Puis de l'abandonner brutalement pour un hérisson volé subrepticement dans la chambre de Tarquinette et que nul n'a pu la convaincre de lui restituer ! C'est ainsi qu'avec le règne de Henri le Hérisson, le trafic de chaussettes qui assombrissait la vie de mes deux garçons a pris fin ! Il n'était pas rare en effet de voir la chatte filer ventre à terre tenant dans sa gueule un objet mystérieux poursuivie par Tarquinet ou Tarquinou lesquels hurlaient à tue-tête "elle m'a volé une chaussette !" Durant cette sombre époque, de nombreux couples de chaussettes furent définitivement décomposés.
Enfin, après les larcins et les bêtises de mômes, exactement comme pour les enfants, on sent venir le temps des acquisitions : celui du mimétisme forcené. A sa manière et avec sa compréhension de notre monde étrange, Azerty s'est mise à me singer, à tenter de reproduire les gestes de mon quotidien.
Et j'ai compris que c'était dans l'intimité du silence des petits matins que les grands combats se gagnent ! Lorsqu'à la fin des vacances je me suis retrouvée dans l'impossible situation de devoir emmener ma chatte au bureau au prétexte qu'elle se savait pas se passer de son biberon, il m'a bien fallu la convaincre de laper ! Alors, à quatre pattes près d'elle j'ai mille fois fait l'aller puis le retour entre la tétine du bib et l'écuelle de lait. Je l'ai patiemment regardé s'approcher, me dédaigner, s'interroger et puis se laisser vaincre par son insatiable curiosité (et vraisemblablement son appétit !)
Si malgré de nombreuses tentatives et à mon grand regret, elle n'a pas adopté, les toilettes pour y faire ses besoins, je dois reconnaître qu'elle a parfaitement compris comment appuyer sur un interrupteur pour allumer la lumière et si par malheur elle se trouve face à une porte close, elle sautera et ressautera sur la poignée de celle-ci pour tenter d'ouvrir l'obstacle et y parvenir parfois !
Aujourd'hui cela fait exactement un an que Mademoiselle Azerty est entrée dans a vie. Une grande... qui pourtant se comporte souvent avec moi comme le bébé qu'elle était. Rarement à plus d'un mètre de ma personne, si je change de pièce, l'air de rien, elle me suivra. Elle ne joue les terreurs dans le jardin de la demeure qu'à la seule condition de rester dans mon sillage... Elle reste désormais seule sans miauler, ne passe plus toutes ses nuits dans mes draps et attrape même des souris ! Son plus grand défaut : un amour immodéré des claviers dont je ne suis jamais parvenue à la détourner. il suffit que je tourne les yeux ou le dos pour qu'elle y risque une patte et si je change de pièce, s'y vautrera de tout son long avec délices... Sans doute la faute à mon grand qui lui a dégoté ce nom si prémonitoire !
Voilà un an, que cette boule de poils qui tenait dans ma paume m'a séduite et me ravit ; pourtant dans ce tableau il reste une évidence que l'on ne peut taire : celle d'avoir été éloignée bien trop tôt de sa mère. Particulièrement peureuse, elle crache là où les autres félins lèveraient le sourcil. Et si parfois je n'entends plus son crachouillis durant un mois, il suffit d'un élément de nouveauté (changement de lieu, tête nouvelle...) pour que je sente immédiatement sa crainte s'installer et sa mimique apparaître... On s'en accorde. Et pour se rabibocher, on se câline...
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 08/08/2012
bric à chat
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Commentaires
D'abord quel plaisir de relire un billet de toi. Voilà que je l'aime par tes mots cette petite Azerty. Un jour sans doute, un chat nous choisira ou choisira notre jolie maison, mais pour le moment, elle n'est pas fréquentable par ces petites boules de poils, trop de ... Tu sais quoi. Je t'embrasse fort.
J'adore ces histoires de chat /chien animal très présent ici aussi. C'est un très joli hommage, et je comprends très bien ces attentions que nous leur portons au quotidien.
J'ai reconnu les spécificités félines, être là sans être là :)
une belle histoire, j'ai eu aussi un bébé chat que je nourrissais au biberon et qui prenait mes pieds pour sa mère, tellement certain que mes mains le cueilleraient à mes pieds pour un biberon ou un câlin. Joli souvenir, mauvais souvenir aussi car ce bébé chat a été sauvagement assassiné par des gamins du quartier.
Vivre chez un chat, partager sa vie, pas mieux!
Merci pour vos gentils messages. Je dois pourtant vous avouer que tout à l'heure j'ai menacé la demoiselle de la débaptiser pour l'affubler du surnom de LA GLUE... un rien excédée par sa manie de me suivre à moins d'un mètre. Je lui ai longuement expliqué qu'elle avait quelques admirateurs (j'ai forcé le trait mais c'était pour la bonne cause) et que se faire appeler d'un nom pareil la ridiculiserait. Et bien piquée au vif, celle-ci à continuer à roupiller sur mon lit quand je suis sortie de la chambre sans même lever la paupière ! Merci à vous !!!
Trop beau ton texte, trop choute Azerty!! (même quand elle vole des saucisses et des gaufres, tu as omis de le signaler ;) )
Sinon, il faudrait que je la retrouve, mais j'ai une photo de pupuce sur le même escalier.... qui s'ennuyait ferme sans minou pour l’agrémenter!
Oh une photo de Pupuce ! Pour sûre je suis curieuse ! (je n'en ai aucune). Et tu as raison j'ai diplomatiquement tu son amour des gaufres, des crêpes ou des saucisses...
Et j'aurais pu également ajouter le dialogue que j'ai échangé ce jour avec Tarquinette : Je me plaignais de cette citadine de chatte qui continue à aller dans sa caisse à la campagne au lieu de faire ses besoins dans le jardin. Et ma fille de me répondre : "Bah Maman, t'as qu'à faire comme d'hab : t'as qu'à lui montrer... "
Grumph...
Tarquinette est la logique même. En tout cas, elle a de l'humour à renvendre. Quelle Melle Azrty est devenue une belle jeune chatte. Quel plaisir de la voir ainsi quand on se souvient de la boule de poil qu'elle était :-)
est ce que le chien dudule grâce à qui azerty a rejoint votre famille, a un attachement particulier avec elle? ou a t il oublié qu'il était l'heureux marieur?
Vous photographiez toujours aussi parfaitement ceux que vous aimez :)
J'adore complètement cette histoire d'amour !
Chouchenn, ma chatte n'a jamais revu le chien Dudule et je doute que je ne les mette jamais en présence l'un de l'autre car non seulement Mademoiselle Azerty, affreuse ingrate, a une frousse bleue des chiens mais le chien dont s'agit course systématiquement les chats qu'il croise (dont mon vieux chat Minou l'année précédent sa trouvaille) semblant n'avoir fait qu'exception que pour le chaton. Ainsi que l'a parfaitement résumé une personne à qui mon Grand racontait cette histoire : "les labradors, il faut toujours qu'ils sauvent quelqu'un !"
Valérie, je vous trouve bien conciliante avec cette photo que je trouve quant à moi bien tristounette ; et je dois avouer que je regrette amèrement de n'avoir pas désherbé ces marches avant de prendre ce cliché !
Ah non n'ayez AUCUN regret, c'est ce qui fait le charme de cette photo. Une chatte de bois dormant.