Qu'on se le dise les temps sont durs pour les fantômes, ectoplasmes et spectres en tous genre ! La disette si poignante que ces purs esprits se mettent à faire main basse sur nos piécettes !

Jugez plutôt : après plus d'une année de fermeture et quelques travaux, la piscine de Saint-Ouen rouvrait de nouveau ses portes au début de ce mois. Il y a un peu plus de 8 jours, me voilà donc en goguette avec la totalité de ma marmaille à la découverte de ces nouveaux lieux. Il y aurait beaucoup de chose à vous raconter sur ces modifications qui coûtent un temps et un budget considérable mais qui semblent parfaitement oublier le confort — voire l'accessibilité de l'utilisateur . Mes deux ainés qui s'y étaient rendus une première fois m'avaient déjà fait part de leur circonspection à ce sujet avec la réserve qui caractérise les ado : "c'est nul !"

Je m'attendais à modérer leur jugement, ce ne fût pas le cas :

Ne cherchez pas de miroir pour mettre d'aplomb votre bonnet ou de surplomb pour poser vos affaires dans les sanitaires pour femmes, il n'en a pas. N'espérez pas accéder aux bassins sans mouiller les pièces d'identité des mômes (dont j'avais besoin pour faire établir leur certificat de bonne conduite aquatique), les douches sont implantées de telles manières que pas plus les serviettes que le reste ne restera au sec...

Quant à la propreté, dont je ne suis pourtant pas une maniaque, je dois dire qu'elle a singulièrement pâti de la nouvelle organisation des cabines... et qu'essuyer mes pieds humides des traces de boues laissées au sol avant d'enfiler mon maillot ne pas pas convaincue que les aménagements réalisés étaient franchement une avancée... (sans compter que durant tous ces mois de fermeture, ils auraient pu en profiter pour changer le tapis coco de la porte d'entrée qui dissémine ses poils dans tout l'établissement et récurer l'escalier dont on se demande s'il a été blanc un jour...)

Bref, je partageais entièrement l'avis de ma descendance si ce n'est que je leur soulignais combien le personnel était charmant.


J'en étais là dans mes entreprise de tempérer leur définitif "c'est nul" quand de retour chez moi, je vidais mon sac avant de rincer puis faire sécher maillots et serviettes. Las ! si serviettes et maillots ne manquaient point à l'appel, il n'en était pas de même pour la monnaie que le caissier m'avait rendue un peu plus tôt. Rien, plus un rond, plus un sou, pas la moindre ferraille dans ma besace...

J'ai évidemment fait le chemin à rebrousse-poil pour déverser mon courroux à l'oreille du chef de bassin. Très affable, il m'a appelé un peu plus tard pour m'informer que sur les huit caméras vidéo qui surveillent en permanence le personnel qui manipulent les paniers où l'on range nos effets, aucune image ne démontrait le moindre tripotage de mon bagage...

Il me l'a garanti et je ne peux que le croire : de vol il n'y en a donc point !

Certes. Mais mes piécettes (6,80 € en monnaie, cela en représentent un certain nombre !) elles n'ont certainement pas pu se sauver sans aide du fond de mon sac — profond comme l'enfer — où je les avais soigneusement enfouies avant de remettre celui-ci au personnel des paniers.

La stupéfiante explication m'est apparue : seul un être surnaturel est capable de se mouvoir au milieu des mortels et des objectifs vidéos sans attirer l'attention sur lui.

Audoniens, francilliens de passage ou provinciaux perdus en nos terres de banlieue, sachez-le : un spectre larronne à la piscine de Saint-Ouen ! Et comme je ne vois pas bien comment on va pouvoir se saisir de l'ectoplasme, je ne suis pas bien certaine d'y remettre les pieds...