En première année de droit, j'ai découvert le droit constitutionnel, la première cohabitation, le projet de loi Devaquet (j'étais descendue dans la rue) et que ma mère, femme de droite s'il en est, était pourvue d'une culture et d'un sens politique hors du commun.

C'est ainsi que loin des discours paternels — provocateurs et excessifs — ma républicaine de mère a refilé à sa fille de gauche sa curiosité pour les affaires de la cité et je dois avouer, peut-être en souvenir d'icelle, que j'ai toujours conservé une certaine tendresse pour ces femmes de droite à l'intelligence aiguë et à l'esprit libre, à commencer par madame Veil.

Bref, quand j'ai lu ce jour que venait de paraître les carnet secrets de la campagne présidentielle par madame Roselyne Bachelot que j'ai toujours appréciée jusques et y compris dans son choix — rétrospectivement calamiteux — de campagne vaccinale contre la grippe H1N1 — dans notre pays où a prospéré, dans le plus grand silence des cabinets ministériels, une pléthore de scandales sanitaires (sang contaminé, amiante, hormone de croissance...) j'ai trouvé bien injuste que l'on cloue au pilori celle qui avait fait le choix inverse de tous ses prédécesseurs — j'ai téléchargé incontinent son bouquin sur mon Kindle.

Je n'ai pas fini de le lire mais je suis emballée par sa plume et son regard concis et clairvoyant. Si je ne partage pas nombre de ses idées, ses observations sont souvent frappées au coin du bon sens (notamment sur le désastre de la communication) et certaines de ses analyses de l'évolution de notre société méritent — à mon sens— qu'on les souligne :

Institué au moment du passage d’une société de pêche et de cueillette à une société agricole, le mariage s’est présenté comme le meilleur moyen de garantir la traçabilité de la filiation nécessaire à la transmission du patrimoine. Le besoin de bras pour assurer la production des terres agricoles a également été l’une des raisons de création de cette institution : il fallait pouvoir posséder ces bras et les ventres qui les procréaient en donnant au chef de famille son pouvoir légitime et absolu. En instituant le mariage civil, la Révolution française a brisé la possibilité pour le père, le seigneur ou le curé d’utiliser le mariage d’un jeune homme ou d’une jeune fille afin d’asseoir leur pouvoir politique ou économique.

Ainsi, en étant libres de se marier selon leur choix, les mariés devenaient des « sujets » de droit alors qu’ils étaient auparavant des « objets » de droit. La contraception et l’allongement de la durée de la vie ont fini de bouleverser le sens du mariage en le déconnectant du seul impératif de filiation. Parce que le mariage est devenu un choix individuel, personnel, soumis à aucun autre enjeu que le bonheur de s’aimer, je ne trouve aucune raison de l’interdire aux homosexuels.