Tarquinette a découvert en fréquentant le collège de notre quartier qu'elle n'était qu'une "sale blanche".

Alors je lui explique combien le racisme est condamnable, quelqu'en soit celui qui en souffre. Et je rajoute à des fins de prévention que ce n'est pas parce qu'un conducteur commet une faute de conduite que cela nous dispense de respecter le code de la route à son profit... Elle comprend : souffrir du racisme ne justifie pas d'être raciste. Et inversement...

Tarquinette est revenue du collège il y a trois jours singulièrement dépitée. Ses professeurs ont demandé que soit observée une minute de silence en souvenir de ceux — tous ceux — qui étaient morts sous les balles de Mohamed Merah.

De silence, il n'y a pas eu. Parce qu'une bonne moitié des élèves du collège — et même un surveillant — ont trouvé que c'était inconvenant.

Parce que "Nous, quand les palestiniens ils meurent, on ne fait pas de minute de silence."

Parce que "Alors, pourquoi on en ferait pour des juifs ?"

Parce que "Kamel, lui, il est bien mort" (je ne sais qui est Kamel...)

Alors Tarquinette est revenue furieuse à la maison, " tu comprends Maman : c'étaient des enfants en plus ! Comme si ils pouvaient être responsables de cela ! "  Elle parlait des victimes. Pas des collégiens. Quant aux militaires morts, tout le monde s'en foutait, ils ne faisaient visiblement pas partie du conflit...

Elle était furieuse et moi atterrée. J'ai vu ma ville changer de climat année après année... Comme si j'étais la seule à le voir. Comme s'il fallait se taire, le racisme, non ! pas ici ! Surtout pas ici. Et la piscine qui s'est vidée des femmes qui la fréquentaient auparavant ! Non, j'ai dû rêver ! Les voiles qui se sont multipliées et ceux longs, sombres et parfois occultant sont arborés en signe de rébellion et de résistance, tout cela doit être le résultat de mon imagination...

N'en parlons pas. Surtout en période électorale, cela profiterait à "vous savez qui "...

On peut choisir de se taire. Oui, mais on peut aussi donner librement son point de vue.

Au lieu de pourrir le silence des autres, ce serait bien qu'on en parle non ?

Jeannette Bougrab, Secrétaire d'État à la Jeunesse et à la Vie associative : "Ceux qui accusent la France d’islamophobie nous empêchent de voir l’obscurantisme qui gangrène notre pays"