Entre deux sanglots, elle s'assied sur une chaise et raconte son histoire, haletante. Elle s'appelle Eman al-Obeydi. Elle est originaire de Ben Ghazi, la capitale des rebelles, à l'Est. Jeudi, les miliciens pro-Kadhafi l'ont arrêtée à un poste de contrôle (...)

Aussitôt, les caméras se mettent en marche, les micros se tendent, les carnets de notes se remplissent. Son témoignage est bouleversant, intenable. Les yeux hagards, les serveurs et les serveuses du restaurant se rapprochent de notre petit groupe qui l'entoure. Très vite, certains d'entre eux font tomber leur masque de simples employés d'hôtel. « Mais qu'est-ce qui te prend ? Tu n'as pas honte ! Ferme ta gueule ! », s'emporte une serveuse en foulard blanc, en l'accusant de déshonorer le régime de Kadhafi. Un peu plus tard, la même femme tentera de la faire taire en lui masquant le visage avec un blouson. « Je n'ai peur de rien », surenchérit la jeune femme. Un journaliste du Financial Times qui tente de la protéger est violemment écarté.

Tandis que certains journalistes tentent de protéger la courageuse jeune femme, d'autres continuent à batailler avec les « surveillants » qui s'attaquent aux téléphones portables, enregistreurs et appareils photos. Forcés de quitter la cafétéria, nous atterrissons dans le hall de l'hôtel. Eman al-Obeyda, elle, est emmenée de force dans le jardin par plusieurs de nos cerbères, qui nous empêchent de lui parler. Qui est cette femme ? Comment a-t-elle pu pénétrer dans l'enceinte de notre hôtel ? Si son histoire est invérifiable, son visage lui ne peut pas mentir. De tout évidence, elle a été torturée.

Le cri de détresse d'une Libyenne — Delphine Minoui — Chroniques orientales.