Nouvelle rentrée. Nouveau directeur. L'ancien avait le cheveu blanc et l'allure austère, la mine sévère. Il parlait peu, avec mesure. Le nouveau a le poil brun, l'accent chantant et le sourire... mauvais. Il n'y a qu'une dizaine de parents réunis dans une classe en face de lui, dix parents qui sont là attentifs, des parents de tous milieux qui ont choisis de mettre leur progéniture dans cette école privée de quartier. Certainement pas à cause de son renom. Mais parce qu'ils pensent que c'est mieux pour leur enfant que le collège du coin, celui du 18ème ou du 9-3.

Et pendant dix minutes, assis sur des mauvais siège en bois, on ne leur parle pas d'éducation, de projet ou d'avenir. On ne leur parle même pas de leur enfant. On ne leur parle que de leur faute...

Mauvais parents puisque leur enfant ont un téléphone portable. Mauvais parents qui ont la bêtise de penser qu'internet est un progrès. Mauvais parent qui vont même parfois jusqu'à faire confiance à leur enfant !

La jeunesse est un mal profond et tous les parents coupables de l'avoir commise.

Au roquet au sourire satisfait et au jabot gonflé de sa propre autorité, succède sa sous-directrice dont le seul message intelligible est qu'elle n'aime pas son métier. On sent la fatigue, les discours rabâchés et une total absence d'intérêt, ses certitudes ont force de loi. Et la première d'entre elles c'est la défiance profonde qu'il faut nourrir pour ses enfants...

Habituels discours de rentrée me direz-vous. Ceux où l'on affirme son autorité, où l'on fait son défilé en grande tenue d'apparat et exhibe sa force de frappe en imposant sa cadence...

Je le sais. Mais je n'avais jamais encore été coupable d'avoir mis des enfants au monde. Je n'avais pas encore compris qu'ils étaient si malfaisants qu'ils n'étaient plus bon à éduquer mais à redresser...

Terrifiant... et consternant...