Comme l'an passé, je m'échinais à faire tomber mes piles quand mon téléphone portable a sonné — numéro inconnu— J'hésite. Puis je prends la communication. C'était Tarquinet dont la voix, pour l'heure emprunté, m'annonçait qu'il avait claqué la porte de l'appartement en y oubliant ses clefs et son propre téléphone... tout en se félicitant d'avoir -in petto- pris la sage décision d'apprendre mon numéro par cœur après la triste mésaventure survenue deux ans plus tôt...

Après m'être félicitée avec lui de cette sage précaution (que je vais ex abrupto imposer à ses deux cadets !) nous convenons qu'il me rejoigne moi et mes monceaux pour me soulager de mon trousseau de geôlière (car si vous l'ignorez, j'ai un trousseau de clefs plus lourd qu'une enclume...). Je vois donc débarquer mon Tarquinet (qui me toise désormais de toute sa hauteur) au milieu de mes piles et s'amuser de voir sa mère parler mécaniquement à une oblongue boîte noire avant que la perspective d'une soirée ordi/pizza ne le chasse (avec mes clefs !) loin de moi.

3 piles plus tard et 4 heures après, je posais le sombre appareil. Voilà. J'avais fini. Les vacances étaient là, face moi, à me sourire en m'invitant à fuir l'endroit. Ce que j'ai immédiatement fait avec la complicité d'un taxi !.
  • 3 heures 53, le taxi me dépose en bas de chez moi puis repart. Je savoure l'insondable silence de la nuit et la profonde torpeur du quartier.
  • 3 heures 53 et 40 secondes — fatiguée et heureuse je m'approche de la porte de mon immeuble pressée d'atteindre mon lit.
  • 3 heures 54 et 10 secondes : long frémissement d'horreur : "Je n'ai pas les clefs !"
  • 3 heures 54 et 20 secondes : Je suis suspendue à la sonnerie d'un téléphone que Tarquinet méprise de toute la profondeur de son sommeil...
  • 3 heures 54 et 30 secondes : Je dégaine mon second téléphone portable pour l'appeler sur son mobile : deux sonneries concomitantes valent mieux qu'une !
  • 3 heures 54 et 40 secondes :  Je commence, désespérée à échauffer une position de repli... retrouver un taxi (Mazette ! d'ici c'est pas gagné ) repartir sur Paris, retrouver le Cabinet, son canapé... Dormir deux heures. Et puis revenir...
  • 3 heures 54 et 50 secondes : la lumière illumine brutalement l'entrée de mon immeuble. Immédiatement la porte s'ouvre qu'un voisin franchit allégrement... Comme s'il était tout à fait habituel qu'un 30 juillet, et alors que les deux/tiers des riverains ont quitté la ville, un voisin prenne le frais à 4 heures du matin précisément quand vous êtes sans vos clefs...
Je me suis retenue de ne pas lui sauter au cou en lui avouant combien j'étais ravie de le croiser ici ce soir !
Une fois cette barrière franchie, le reste était plus simple et Tarquinet, dont les rêves avaient sans doute été un peu parasités par mes deux sonneries a rapidement quitté Morphée quand s'y sont ajoutés et la sonnerie de la porte d'entrée et mes coups frappés à la porte...

Et si j'en crois le tintamarre de ces quatre timbres résonnant tous ensemble, je me suis félicitée qu'aucun de mes voisins immédiats n'étaient ce jour présents...