De façon confuse mais incroyablement constante, je sens une peur en moi qui jamais ne recule. Celle de la chute dans le vide. De tous les dossiers, ceux qui me sont les plus difficiles à traiter sont les crashs aériens alors que j'ai plus peur dans une voiture que dans un avion ! La vue des tours qui s'écroulaient à longueur de journée m'a valu de méchants cauchemars et du poignant documentaire tourné par les frères Naudet, j'entends encore — avec une épouvante qui ne s'émousse pas — le bruit des corps qui tombent sur la chaussée.
Pas tout à fait une phobie mais une vraie terreur.

Sans doute la faute à cette chute de plus de quatre mètres.

La faute aussi à ce père. S'il était assez fou pour sauter illico derrière sa fille afin d'aller la chercher par le même chemin, c'était lui aussi qui, par deux fois, escaladait les balcons, se faufilait par une fenêtre laissée entrouverte et ouvrait ainsi l'huis de notre logis dont les clefs avaient été égarées. Une fois en descendant (du 8ème vers le 7ème étage). Une fois en montant (du 6ème vers le 7ème). Et moi pendant toutes ces minutes qui n'en finissaient pas, sagement écartée de la scène par une mère muette de rage contre son époux casse-cou, je voyais dans ma tête son corps pourfendre l'air avant de s'écraser sans vie dans le bac à sable qui siégeait sous nos fenêtres.

Bref, je n'irai pas lire les 573.000 sms qui ont été adressés le 11 septembre 2001.

Je vais me contenter de juguler ma méchante impression d'avoir une vie qui se casse bien suffisamment la gueule toute seule !