Chute libre
De façon confuse mais incroyablement constante, je sens une
peur en moi qui jamais ne recule. Celle de la chute dans le vide. De
tous les dossiers, ceux qui me sont les plus difficiles à
traiter sont les crashs aériens alors que j'ai plus peur
dans une voiture que dans un avion ! La vue des tours qui
s'écroulaient à longueur de journée
m'a valu de méchants cauchemars et du poignant documentaire
tourné par les frères Naudet, j'entends encore
— avec une épouvante qui ne s'émousse
pas — le bruit des corps qui tombent sur la chaussée.
Pas tout à fait une phobie mais une vraie terreur.
Sans doute la faute à cette
chute de plus de quatre mètres.
La faute aussi à ce père. S'il était
assez fou pour sauter illico derrière sa fille afin d'aller
la chercher par le même chemin, c'était lui aussi
qui, par deux fois, escaladait les balcons, se faufilait par une
fenêtre laissée entrouverte et ouvrait ainsi
l'huis de notre logis dont les clefs avaient été
égarées. Une fois en descendant (du 8ème
vers le 7ème étage). Une
fois en montant (du 6ème vers le 7ème).
Et moi pendant toutes ces minutes qui n'en finissaient pas, sagement
écartée de la scène par une
mère muette de rage contre son époux casse-cou,
je voyais dans ma tête son corps pourfendre l'air avant de
s'écraser sans vie dans le bac à sable qui
siégeait sous nos fenêtres.
Bref, je n'irai pas lire les 573.000
sms qui ont été adressés le 11
septembre 2001.
Je vais me contenter de juguler ma méchante impression
d'avoir une vie qui se casse bien suffisamment la gueule toute seule !
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 25/11/2009
De bric en vrac
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Commentaires
Un jour, j'en ai eu marre de trembler de trouille en grimpant sur un tabouret ou d'avoir le cœur au bord des lèvres sur des escaliers trop pentus. J'ai donc décidé de faire de l'escalade. J'ai passé un temps infiniment long à toujours retenter la même voie que les enfants avalaient en rigolant, tétanisée à deux mètres du sol et puis... trois, quatre, cinq mètres, jusqu'au sommet à six mètres. Impossibilité de regarder en bas sans avoir cette fichue sensation d'apesanteur à l'envers. Et j'ai continué. Jusqu'à aller en falaise. 35 mètres d'à pic, collée contre la paroi et le monde qui bascule autour de toi. Et encore. Et encore. Et puis, un beau jour, une sensation incroyable de légèreté, de fluidité, les gestes qui s'enchaînent, amarrée au sommet, je contemple le monde entre mes pieds et c'est parti.
Pas sûre que ça ne revienne pas, mais là, je suis juste libre.
le vide, oui, pour moi aussi, une grande angoisse, depuis mon entrée dans l'âge adulte, depuis que j'ai quitté le nid et l'impression de perdre la sécurité, alors que tout me poussait à partir loin de la rage entre mes géniteurs, de la rage qui faisait dire à ma mère qu'elle sauterait un jour.