Que quiconque ne lise ces mots en s’y cherchant.
Je vous le défends.
Ils ont été enfouis dans des années éparpillées.
Leur chronologie est un mensonge.
Leur existence même est douteuse.
Je les ai arrachés d’un néant où je les maintenais.
Ils y retourneront peut-être.

Reprendre les mots. Quelques-uns.
Loin de la presse. Juste là dans le désert.
Quelques mots que l’on griffonne sans bruit.
Des mots simples.
De ceux qui se couchent sans encombre et s’endorment aussitôt.

Se terrer encore un peu.

Ils ont déjà décroché mes photos.
Pourtant le bail en était acquitté.
Ils ont pris un lance-flamme et ils ont tout incendié.
“Oh pardon Madame, on avait pas vu…
Oh pardon Madame, on a rien pu sauver…

Alors soit, s’isoler.
C’est ce que je fais de mieux.
Mieux que les mots,
Mieux que l’amitié,
Mieux que l’amour aussi.
Se tenir loin. Se tenir coite.
Ne vous dérangez pas pour moi, je ne fais que passer.
Bientôt je ne serais plus que fumée.

Atterrissage - Secousses
Je ne sais plus écrire.
Je quête chaque mot.
Et chacun d’eux est un rêve d’équilibre.
Face au vide qu’ils laissent en moi, je ne me rabats sur rien.
Que le néant.

Jamais je n’aurais dû donner la clef pour ouvrir ces pages.
A quiconque.
Il n’y a désormais plus moyen de la jeter au fond d’un puis.
Alors je n’écris plus.
attendre la rage et la colère.
Attendre le rouge et la misère.
Le premier cache si bien la seconde…
Vêtue des deux, je n’aurais plus guère de pudeur

Je sais que les démons me guettent
Pas ceux qui me rongent quand l’amour est trop pâle
Pas ceux-là, les autres… les pires.
Les premiers ne se repaissent que des restes.
Ils ne sortent des ténèbres que pour mieux dévorer ceux qui ne sont plus que des morts-vivants à mes yeux.
Ils me brûlent, ils me tordent mais leurs souffles lancinants n’ont d’autres effets que d’enterrer des corps exsangues de vie.
Les autres, les pires, ne mangent que les vifs.
Se défendre d’eux.
Ne pas les laisser emporter l’avenir.
Les premiers sont noirs mais les seconds sont rouges.
Rouge comme le sang.
Ils chantent une âcre mélopée pour mieux m’isoler.
Ils tendent un voile de haine.
En trame, il y a le passé.
En fil, il y a ma souffrance.
Un fin linon d’escroquerie.
Une délicate draperie en promesse de chaleur.
+carlate.

Trop marché ce matin.
Avec de trop mauvaises chaussures
Une heure vingt en escarpin.
Voir courir les bambins avec la cloche de l’école, les parisiens se déverser dans le métropolitain.
Accrochage de poissardes aux vélib’. Juste pour s’arroger le dernier…
Jardins du Luxembourg.
Sous une stèle je me suis arrêtée.
“si vous ne respectez pas une reine proscrite,
Respectez une mère malheureuse
Marguerite d’Anjou - Reine d’Angleterre 1429-1482”

C’est étrange de lire cela ce matin.
En face d’elle une jeune femme pleurait…

Les enfants sont partis.
Un train pour faire le chemin qui séparent leur baisers de leur chambre désormais vides.
Un train et quelques heures où je n’existe plus pour personne.
Point de calins mais point de requêtes non plus.
Ne m’oubliez pas trop mais pour quelques heures, laissez-moi ne pas être forte.
laissez moi pleurer un peu.
Quelques heures d’illusion où nul n’attend de moi que d’être absente.

Rester là, les yeux fermés.
Ballotée par les cahots du train.
Enivrée de fatigue entre un passé trop brûlant et un avenir mordant.

Chape de plomb et larmes d’airain.
Je fais le vœux de ne jamais arriver.

Rester là.
Faire comme si le passé n’existait pas.
Faire comme si le futur n’existait plus.
Fermer les yeux et pour quelques instants cesser d’exister.

Mots trop lourd, phrases trop raides, idées trop faites…
Les biffer et les rebiffer…
Rebelles.
Ils sont comme des cris qui ne se satisfont pas d’un coin de page racornie…

Difficile ascension, vertigineuse descente.
Pourquoi me faire venir si ce n’est pour mieux me haïr.
Périmètre de sécurité. Ce sera mon mètre étalon.
Celui qui me ceint et amortit les chocs.
Boudins rond pour élimer les angles.
Se terrer dans le ventre mou…

Un train…
Quelques larmes qui s’écrasent sur un dossier.
Qu’elles coulent maintenant et non demain quand les regards seront braqués sur moi.
Que ma voix ne tremblent pas, que nul n’en devine les fissures.
Je sais la douleur, je la sens là tout près sur le banc.
Si proche de la mienne.
Je sais ce qu’ils endurent et il me faut m’en défendre.
La laisser leur. Les laisser là.
Ne donner que ma voix…