Le gouffre c'est dix minutes de plongée en apnée dans un monde où le plus terrifiant n'est pas l'inconnu mais le temps irrémédiablement révolu. C'est le saut brutal dans une ravine de souffrance par une fissure que l'on croyait peu ou prou obturée — et dont en tout cas on se garde bien de passer trop près ! Alors les années se cachent, les joies s'effacent. Il n'y a plus que le vide qui vous aspire. Un néant d'une telle vacuité qu'il vous obstrue la vue, emplit vos poumons et broie votre gorge. Dix minutes où plus rien d'autre n'existe que ce mal dont on croyait pourtant être défaite. Dix minutes à être dans un temps qui n'est plus le mien mais que je croyais alors immuable. Dix minutes pour y trébucher, s'y écorcher, s'y meurtrir. Et puis en revenir. Parce que dix minutes seulement.
Lors, depuis la rive enfin rejointe, de plombé, le ciel devient azuré. Un beau ciel de juillet dont la lumière est vive. Les projets s'y forment plus distinctement que jamais. Ceux où l'on est deux.