Des prises de mes cavalcades, je faisais des piles turbulentes et colorées au fond d'un placard trop étroit pour elles : "Non Madame, pas de small, il n'y a que du large !" Mais moi, avec un mari grand format, j'avais déjà tout ce qu'il fallait pour jouer à cache-cache dans un tee-shirt ! Alors, j'empilais soigneusement en prévision des prochains grands travaux de peinture que requiert — urgemment ! — mon appartement...

Et puis, avec l'accroissement du nombre de femmes dans ces dominicales suées, la taille des tricots a fini par prendre la mesure d'icelles. Alors, chez moi j'ai ramené du "S", des "S" en mauvais coton chamarrés du patronyme du boucher et du logo tape-à-l'oeil de la concession KROSS TOTO, des "S" bleu canard ou vert olive, des "S" façon "XL" et le plus rare : le "S" de récup ! : celui d'un semi-marathon prestigieux distribué généreusement par les organisateurs d'une course miteuse !

Et puis sont venues les mailles techniques, celles qui vous mettent à sec sans, pour le coup, vous ruiner et que j'avais des remords à enterrer après leur tour réglementaire sur le dessus de la pile.

Un jour de septembre où l'on m'avait remis, avec un record fraîchement éclos, un beau chandail d'une qualité irréprochable, je l'ai lancé à mon aîné persuadée que le vêtement me reviendrait dans la minute par le même chemin.

Que neni. C'était juste le premier d'une longue série qui ne s'entasse plus dans mon armoire mais dans ses placards ! Désormais il arbore toute l'année et par quasiment tous les temps le nom d'une course qu'il n'a pas courue ; foulées parisiennes, boucles faubouriennes, qu'elles qu'en soient la distance, rien ne lui fait peur ! Il m'a même raconté, très fier de lui, avoir croisé à Maroilles, un "faux" frère de suée...

L'affaire est devenue un rituel. Lui... lui à qui je n'ose acheter le moindre vêtement trop certaine de ne pas comprendre les subtilités d'une mode ado que je ne suis pas même capable de déceler dans sa mise ! Lui s'enquiert dés mon retour du tribut que je rapporte et s'en revêt incontinent sans barguigner ! C'est donc avec un brin de tendresse que je m'apprête à devoir bientôt changer la taille de mes prises... La prochaine fois, je crois que c'est un médium que je demanderai... "un médium, Madame ?" "Que voulez-vous mon cher monsieur... avec l'âge on s'étoffe !"