Cinq heures. Des merles jouent à cimetière enchantée.
Peut-être qu'un jour j'y retournerai ; cela fait, j'en suis certaine, bien plus d'une année que je n'ai pas posé ma main sur son marbre noir.
J'irai quand il fera chaud.
Parce qu'il me réchauffait toujours.
Dorénavant je n'en ai plus que rencontré qui me glacent...

Cinq heures et j'ouvre un œil...
Depuis qu'il n'est plus là pour veiller sur mon sommeil c'est ainsi chaque jour qui passe.
Sauf parfois sous le vieux masque de terre que mes parents avaient ramené de Grèce dans leur jeunesse.
A cinq heures les fantômes se dressent...
Ils se font dossiers, ils se font fiasco, ils se font peur.
Ils sont la liste de tout ce que je n'ai pas fait, de ce que je ne fais pas.

Cinq heures. Les merles jouaient à cimetière enchantée.
Sans bruit je suis descendue.
Ce matin j'ai troqué mon maigre et quotidien café au lait contre un plantureux petit déjeuner.
Puisque sonnera un pistolet de départ dans cinq heures, alors, fait surprenant, je parviens à insuffler un peu de raison dans ma nourriture !

Cinq heures.
Et des lambeaux.
A cinq heures ma vie est toujours en loque.
Dans cinq heures elle sera sans doute pleine de projets.
Descendre sous les 55 minutes, filer au ski, réparer mon biclou, finir chaussettes et châle, n'importe quelle pécadille fera l'affaire.
J'y mettrai tant d'enthousiasme...
Et puis il y a eux.
Eux à qui je dois tout.
Eux grâce auxquels je parviens à brosser mes guenilles et puis faire illusion.

Tous les jours,
A cinq heures,
Lorsque les merles jouent à cimetière enchantée,
Je ravaude mes penailles...