Prélude à la mort d'un fauve
J'ai moulu mon café, comme si de rien n'était. Juste après avoir croqué une pomme. J'ai moulu mon café et puis repris le mixeur, celui de mes bébés et de leur repas qu'on passe à la moulinette : un bout de légume, un brin d'amour.
J'ai moulu mon café et j'ai mixé son repas. Doucement je l'ai posé. Au matou gouailleur et mafflu j'ai pris soin de ne pas faire peur. Je vois battre son cœur, juste là, là où ses vertèbres ne recouvrent plus son dos décharné. Battements de vie, les derniers.
J'ai prévenu les enfants, sans pathos, sans l'ombre d'un trémolo. Pas certain qu'il vive très longtemps. Passez de bonnes vacances et ne m'en voulez pas si je ne vous préviens pas.
J'ai pris mon café, il mange à petits coups. Je n'ai pas pleuré quand ils sont partis, j'ai fait des grands signes, des grands sourires et fait mine de confisquer leurs bonbons...
La maison est trop vide, pas question de traîner où fleurissaient rires ou cris. Se méfier des jouets en embuscade. Lit & vaio, carnet & stylo.
Désormais je trimballe mon mug comme je trimballais ma clope.
Je l'entoure étroitement de mes deux mains tentant d'en absorber toute la chaleur . Echange de bons procédés : je ne sais boire que tiède et j'ai toujours les doigts gelés...
Il ne viendra pas. Pourtant il sait. Point de larme, point de pleurs. Pas le moindre trémolo, pas le moindre tressaillement. Mais il sait bien. Il est toujours là quand lui et moi savons qu'il est le seul à pouvoir m'approcher. Il vient c'est tout. Sans trémolo.
Il ne viendra pas. Il ne peut se hisser jusqu'à moi, il ne sait plus monter l'escalier.
Alors avec mon mug de café, j'ai rebroussé chemin. Pour rester près de lui. Sans trémolo. Pour être là c'est tout. Je lui dois bien cela.
A mon vieux matou gris.
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 23/02/2008
Chagrine Tarquine
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Commentaires
Pourquoi faut-il que toute vie se termine par un départ ? Pourquoi faut-il toujours être confronté à "ça", ou simplement à la perspective de "ça" ? A ce sujet, je viens de terminer un très beau livre (offert par mon mari - en prévision - m'a-t-il dit !) : "L'année de la pensée magique" de Joan DIDION (couronné, entre autres, par le National Book Award). Mais...les jonquilles sont écloses, les bourgeons pointent leur nez, le soleil aussi : le printemps est à la porte ! Alors au diable les idées noires et, pour vous, bonne semaine malgré l'absence de vos adorables Tarquinioles. Une lectrice peu bavarde, mais entièrement acquise et conquise.
Oui il a bien mérité de partir entre tes bras. J'en ai accompagné tant, chiens ou chats. Avec les quels j'ai vécu de véritables histoires d'amour. Je ne peux m'empêcher de pleurer en te lisant. Si seulement mes pensées pouvaient te réconforter un peu. A chaque fois c'est un peu de nous et des jours heureux qui s'en vont avec eux..
Ma prunelle, ma vieille copine, est partie ainsi, doucement, lentement, sur mes genoux... Mes pensées affectueuses vous accompagne toi et ton vieux matou gris.
Tu sembles y tenir à ton "vieux matou gris" ... voici donc quelques mots de réconfort.
Son plus gros souci est peut-être justement de ne pas pouvoir répondre à ce qu'il suppose de tes attentes, monter et te consoler. Merci d'avoir ces attentions pour ton chat, ils sont dignes de nos sentiments les plus forts, merci pour Tarquari.
Un chat ou un chiens sont de vrais compagnons de nos vies (pour autant qu'ils restent à leur place).
Leur mort n'est pas légère, surtout s'ils emportent avec eux d'autres morts...
L’importance du chat, je n’ai jamais si bien comprise qu’un jour avec ma fille de 11 ans, à qui je venais d’annoncer que je ne pouvais garder notre chat* pour cause déménagement ** d’une maison en campagne vers un appartement en ville, elle me lança en pleurant : « Je n’ai plus mes copines, je n’ai plus ma nounou, si je n’ai plus mon chat, ma tête elle va éclater +. Impressionné, je décidai de chercher sans rien dire une maison. Quand je lui annonçai la bonne nouvelle, elle me dit : « Tu sais papa, si j’avais à choisir entre mes parents et mon chat, c’est mon chat que je choisirais +. Sous entendu : lui au moins ne m’a pas trahi.
* Mais j’avais trouvé des amis sûr pour le prendre.
** Sa mère était partie, et en avait l’hébergement principal.
Je viens sur ce blog depuis au moins 2 ans. C'est mon premier commentaire. Pas glorieux, mais c'est comme cela.
Tendres pensées à toi et encore six vies à lui...
Rémi, si vous me lisez depuis si longtemps vous savez bien que je ne cultive pas les commentaires auxquels je réponds si peu moi-même ; et je m'en sens coupable souvent tant ils contiennent de gentillesse. Merci donc de votre message. Je serais sans doute demain s'il me reste quelques espoir pour lui ou non.