J'ai moulu mon café, comme si de rien n'était. Juste après avoir croqué une pomme. J'ai moulu mon café et puis repris le mixeur, celui de mes bébés et de leur repas qu'on passe à la moulinette : un bout de légume, un brin d'amour.
J'ai moulu mon café et j'ai mixé son repas. Doucement je l'ai posé. Au matou gouailleur et mafflu j'ai pris soin de ne pas faire peur. Je vois battre son cœur, juste là, là où ses vertèbres ne recouvrent plus son dos décharné. Battements de vie, les derniers.
J'ai prévenu les enfants, sans pathos, sans l'ombre d'un trémolo. Pas certain qu'il vive très longtemps. Passez de bonnes vacances et ne m'en voulez pas si je ne vous préviens pas.
J'ai pris mon café, il mange à petits coups. Je n'ai pas pleuré quand ils sont partis, j'ai fait des grands signes, des grands sourires et fait mine de confisquer leurs bonbons...
La maison est trop vide, pas question de traîner où fleurissaient rires ou cris. Se méfier des jouets en embuscade. Lit & vaio, carnet & stylo.
Désormais je trimballe mon mug comme je trimballais ma clope.
Je l'entoure étroitement de mes deux mains tentant d'en absorber toute la chaleur . Echange de bons procédés : je ne sais boire que tiède et j'ai toujours les doigts gelés...
Il ne viendra pas. Pourtant il sait. Point de larme, point de pleurs. Pas le moindre trémolo, pas le moindre tressaillement. Mais il sait bien. Il est toujours là quand lui et moi savons qu'il est le seul à pouvoir m'approcher. Il vient c'est tout. Sans trémolo.
Il ne viendra pas. Il ne peut se hisser jusqu'à moi, il ne sait plus monter l'escalier.
Alors avec mon mug de café, j'ai rebroussé chemin. Pour rester près de lui. Sans trémolo. Pour être là c'est tout. Je lui dois bien cela.
A mon vieux matou gris.