Désaffection
Désaffection, subst. fém.
Perte ou diminution de l'affection, de l'intérêt que l'on éprouvait pour quelqu'un ou quelque chose.
Désaffecté,ée, part. passé et adj.
1. [En parlant d'un inanimé concr.] Qui a changé d'affectation. Temple désaffecté, Ô Panthéon (Péguy, Quatrains, 1914, p. 498).
2. [En parlant d'une pers.] Libéré d'une charge; démis de ses attributions. Un chef d'orchestre désaffecté (Schaeffer, Rech. mus. concr., 1952, p. 71).
B.− [Correspond à désaffecter B] Détaché de ce qui avait intéressé. Ce croyant, tour à tour encombré et désaffecté qu'était Rivière (Du Bos, Journal, 1927, p. 229).
Près de moi il y a un chat qui meurt en silence, près de moi il y a un chat qui meurt en prenant son temps. Les enfants vont partir. Bientôt. Il y a un air de Silvius Leopols Weiss chez Avro. Et il y a cette glue qui ne me quitte plus. Un jour il faudra que j'écrive une monographie sur la perspective du champs de ruines, ses creux, ses vallées, ses ombres et ses silences...
Mais ce soir, il est trop tard. Ce soir je vais juste deviser en parcourant le champ lexical où désaffection et désaffectée se tapissent.
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 22/02/2008
Chagrine Tarquine
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Commentaires
Désolée de te sentir si triste et de ne rien pouvoir faire pour toi à part te serrer virtuellement dans mes bras.
En écho à votre spleen.
(Et que la mort de votre chat soit paisible)
LA MAISON VIEILLE
Sur le chemin du retour de l’école gisait, cachée derrière sa haie, une maison abandonnée. Amputée au nord d’un pan de mur, mangée par un linceul de lierre vert sombre, ouvrant la gueule de sa porte fracassée qui m’avalait un coup vaincues orties et ronces d’un bâton propice, cette morte me fascinait.
Nul autre bruit que le frout-frout furtif d’un oiseau fuyant mon effraction à lentes froissées d’ailes. Nulle autre odeur qu’un fade relent de moisi gâtant le parfum d’une glycine, au nord, que l’abandon avait rendue conquérante. Interdit, je contemplais ces crépis échancrés dénudant le pisé, ces murs aux traînées roussâtres écoulées de poutres noires de fumée, ce plafond crevé vomissant du foin archi-sec, cet amas d’objets poussiéreux, incomplets, brisés, comme un livret de famille dont les feuillets s’effriteraient sous mon doigt : Sainte Vierge sans mains les yeux vides, calendrier des Postes aux dates effacées, mots de l’almanach paroissial dentelés par les rats. Je poussais du pied des chaussures d’un noir devenu gris à qui la dessiccation faisait une gueule de baleine miniature. Je feuilletais des quotidiens craquants et tout jaunes qui redonnaient vie à des morts, jeunesse à des vieux, chair à nos guerres dont je n’avais eu que des récits.
Un jour, fouillant le fatras crasseux éparpillé sur le sol du cellier derrière la maison, j’avais déniché une topette au liquide incertain. Le goût innommable dont il piqua ma langue de curieux revient parfois. Je me consolai avec une autre trouvaille, abordée cette fois-ci d’une lèvre prudente, un fond de liqueur aux quetsches comme les souvenirs : emboni par le temps.
Quand je retournais au soleil, accompagné par la plainte d’une persienne dégondée ou un court passage de vent dans la cheminée, effleuré par le lierre d’une caresse comme d’adieu, non, d’au-revoir, une sourde mélancolie me poignait : qui avait vécu là, qui en avait eu du bonheur, qui y était né qui y était mort, qui avait fui, chassé par quel malheur, qui avait laissé cette maison mourir.
C’est là je crois, dans ces visites aimantes et inquiètes comme celles qu’on fait à une grand-mère encore debout (non, assise) mais déjà si loin de la vie, que j’ai pris le goût de préserver les vieux objets. Je veux leur donner une seconde chance : assiette ovale changée en petit vide-bric-et-broc, obscur et gauche verre de bistrot promu au grand jour de la vitrine, ou fiole à éther d’un bleu profond devenue porte-rose admiratif. Peut-être, aussi, reculer ma propre mort.
Je vous découvre ce soir et navigue depuis une heure entre vos joies et peines et colères et refuges. Et puis finalement je m'arrête sur cette note écrite cette nuit. Un commentaire ou un remerciement? Se promener chez vous c'est de la navigation hauturière, la belle avec des creux de huit mètres et des yeux de cyclone. Vous donnez envie d'écrire, vous donnez envie d'avoir du courage. Vous êtes un soufle de vie.
oui, courage, Tarquine. Je ne trouve pes d'autres mots ce soir.