La nuit qui dure. Ce n'est pas ces maigres rayons de soleil qui la chasseront. Sont trop mal armés... pour la faire décamper c'est un arsenal qu'il faudrait. Une nuit où se cacher. Une nuit où il suffirait de ne rien dire pour se faire oublier.
Empiler des boucliers de tous côtés. Au centre il fera doux. Il fera sombre.
Opération tortue...
Une nuit où se souvenir combien je l'aimais mon mari.
Juste une nuit... parce que sinon le monde devient trop pâle, les émois trop fades, la vie trop triste.
Je n'ai pas besoin de bras pour pleurer... le noir me protège bien mieux que votre désarroi. Et je pleure autant ce que j'ai perdu que ce que j'ai découvert. Je suis d'un autre monde, un monde où les mots résonnaient, où les mots s'échangeaient comme on donne un baiser.
Juste une nuit pour oser me souvenir quel homme il était. Pas plus... j'ai la particulière conscience qu'il me faut l'oublier ... seulement le garder. Vos bras sont trop maigres, votre cœur est trop petit, votre force est trop menue.
Juste une nuit pour me rappeler. Il m'aurait pris dans ses bras et serré à me rompre, il aurait étouffé d'impuissance de ne pas savoir tarir ces larmes, et puis bientôt de tristesse. Et je craignais tant de lui faire mal à mon bonhomme...
Donnez moi la nuit. Alors j'ôterais la ouate dont vous vous entourez, je tairais ces non-dits, véritables distances de sécurité dont vous vous croyez le centre. Vos peurs me sont si ternes... Non je n'ai pas de mépris. Simplement je ne parle pas la même langue.

Et dans ma nuit, il y a des couleurs dont je crois que vous avez oublié l'éclat...