Bon, je vais vous le dire comme je pense et tant pis pour la réputation de vieille rombière un rien grincheuse dont je porterais désormais la coiffe : les petits nouveaux en vélo parfois vous me les brisez menu...
Vous me faites penser à des ados boutonneux... « A qui le plus gros engin ? » « Qui tire le plus loin ? »

Attention, je ne parle pas de ceux qui découvrent les joies de la bicyclette sur le pavé parisien ! Je ne m'adresse pas à ces nouveaux arrivants à qui je souhaite la bienvenue de tout cœur ! Non je parle de ceux qui se la pètent — et surtout vous méprisent — avec 10 kilomètres sur leur selle...

Ce billet s'adresse donc à ces béjaunes dont la morgue et l'arrogance me semblent si précisément étrangères à mes habitudes de vieille cycliste parisienne (avec 30 ou 40.000 km cumulés dans la capitale, je crois pouvoir revendiquer l'appellation de pédale confirmée)
Bref, si vous voulez frimer — mais cela crève les yeux que vous voulez frimer, vous exsudez la sur-représentation par tous les pores de votre peau—  je vais vous donner deux ou trois conseils pour cesser de passer pour des puceaux vaniteux :

* En ville, on ne mesure pas la classe d'un cycliste à sa vitesse mais à la sûreté de sa trajectoire, à la façon dont il anticipe la circulation, englobe les situations et prend naturellement sa place dans le flux circulatoire.

Cela ne s'invente pas, cela s'appelle l'expérience. On l'acquiert assez vite sous deux conditions :
1 - Ne pas considérer tous ceux qui vous entourent comme des ennemis
2 - Ne pas considérer tous ceux qui vous entourent comme son public

Exemple bête mais dont l'enseignement profitera à certains : on ne fonce pas quand le feu est rouge devant soi. C'est une  question d'économie : en vélo, nous sommes particulièrement comptables de l'énergie que l'on développe pour démarrer à l'arrêt. Dès lors on anticipe et on ralentit bien avant pour faire en sorte de ne pas avoir à poser pied à terre lorsqu'il deviendra vert. Et lorsque vous vous ferez alors doubler par un cycliste frustré d'avoir été lui-même dépassé 50 mètres avant et qui profite de votre ralentissement pour vous doubler à grand coup de pédale saccadé, vous saurez que vous êtes dorénavant passé de l'autre côté de la barrière...)

* En ville, on ne mesure pas la classe d'un cycliste à sa vitesse mais à la maîtrise de son engin ... laquelle est la plus évidente à très petite vitesse...

* En ville, mesurer la longueur de sa quéquette (activité favorite des sus-dits puceaux) est la conduite la plus accidentogène qui soit... Les vieux cons qui ont usé dix ou douze paires de patins de freins le savent bien... Les briscards de la pédale n'ont pas de besoin de se mesurer pour gagner leur place sur le pavé... La vitesse ne mesure pas grand chose en vérité. La longueur des trajets effectués (certains font trente ou quarante kilomètres par jour), le poids du biclou et de son chargement (j'ai toujours la moitié de ma maison avec moi, outre quelques volumineux dossiers, sans compter parfois un marmot !), le retard avec lequel on se rend à un rendez-vous (40 km/heures, c'est mon record personnel dans Paris) font que l'on sait tous que parfois on fonce, parfois on se balade...  Et en refusant de vous laisser doubler au prétexte d'un orgueil démesuré — jusques et y compris par des femmes et des vélib' —, vous affichez de la plus criante façon que vous n'avez que quelques kilomètres au compteur...

* Enfin, le top de la grossièreté, la signature du cuistre, le sceau du prétentiard : profiter que ses coreligionnaires soient arrêtés pour s'arrêter devant eux... Ce comportement est légion chez les nouveaux venus et franchement il n'y a rien de plus énervant que de devoir passer son temps à doubler et redoubler des coquelets qui ne comprennent pas que, comme en voiture, comme dans une file quelle qu'elle soit, on s'arrête les uns derrière les autres (à moins que l'on vous invite à passer devant, ce qui arrive parfois chez les vrais nobles de la pédale)... Mon observation multi-quotidienne de cette détestable manie m'a d'ailleurs conduit à distinguer deux types d'importuns. Il y a ceux qui sont certains qu'ils vont plus vite que le monde entier (ils sont souvent par trop présomptueux et quand bien même seraient-ils Pégase, cela ne les dispenserait pas de respecter cette élémentaire règle de savoir vivre). Il y a ceux (plus souvent celles d'ailleurs) qui savent très bien qu'elles vont plus doucement que tout le monde, et pour cause, elles se sont fait doubler quelques mètre plus haut,  mais, par revanche ou pur égoïsme, je ne sais, n'ont cure d'obliger ceux qui les précédaient à devoir les dépasser derechef... situation particulièrement assommante lorsque cela se déroule sur une piste d'un mètre de largeur...

* Je rappelle les pré-requis :

- connaître le code de la route (combien j'en vois de ces cyclistes qui agonissent d'injures de braves automobilistes dont le seul tort est d'être créditeur d'une priorité à droite !). Cette connaissance — outre de ne pas passer pour un con comme dans l'exemple immédiatement cité— vous donnera d'ailleurs une véritable assurance sur la route (je vous promets que lorsque vous êtes vous-même créditeur de ladite priorité, ne pas en douter et l'afficher vous simplifiera bien des trajets... sans compter les discussions avec tous ceux qui voudront vous enfumer... indispensable, indispensable code de la route...)

- s'arrêter au feu n'a jamais été synonyme de honte et quand je vois tous ces abrutis qui traversent les carrefours comme des zombies fiers d'être décérébrés, j'enrage que la moitié des gens à qui ils coupent la route vont m'assimiler à cette catégorie de butors.

- Ne pas oublier que les autres catégories d'usagers ne sont pas vos ennemis personnels... Si vous êtes sympas avec eux, vous verrez que pour la plupart, il ne demande qu'à être sympas avec vous !  En ce qui me concerne :
. Je fais un principe de ne jamais oublier les passages piétons. Je déteste trop ces cyclistes qui me foncent dessus — et sur mes enfants !— sans la moindre vergogne lorsque je traverse dans les clous pour oublier combien cette engeance est détestable !
. Je remercie d'un signe de la main toute personne qui — à mon ding— s'est écartée de cette putain de BDM de BDM de piste cyclable qui est autant un danger pour eux que pour moi !

- En règle générale je remercie qui d'un sourire, qui d'un signe de la main ou de la tête, tout individu qui a pris la mesure de ma présence sur la chaussée, que cela soit prescrit par le code ou non. A la voiture qui, dans le même sens de circulation de moi, a pris le soin de ralentir, puis d'attendre gentiment que je sois passée plutôt que de tourner à droite comme un forcené (et nombre de ses congénères) je lui sais gré de ses manières...

- Vociférer sur tout ce qui bouge démontre plus certainement la peur que vous avez des autres que l'habitude que vous avez de circuler dans Paris... soyez zen... ou du moins essayez de l'être. Et puis levez un peu le nez, et regardez comme elle est belle cette ville... Quand vous oublierez de faire la course parce qu'un rayon de soleil s'est perdu dans le zinc d'une toiture, alors vous arborerez le plus légitime de tous les galons...