Ils se font parfois si taiseux que j'en viens à les croire vaincus.
Je m'autorise alors un ersatz de confiance, un succédané d'espérance, de celle qui vous permettre de goûter à peu près l'instant.
Et comme je souffre d'enthousiasme chronique — non, ce n'est pas contradictoire, vous pouvez me croire — je trouve que la vie est jolie, même ainsi...
Ils ouvrent un œil de temps en temps. Sachant combien il est dangereux de les nourrir, alors je me détourne d'eux.
Ce que j'aime moi ce sont les rires ! Pas le feu...
C'est souvent quand je m'y attend le moins, quand je m'installe avec une certaine mollesse dans un relatif et incertain confort qu'ils se soulèvent comme on se révolte : avec brutalité et démesure.
Les doutes se font alors tortures, les détails deviennent infâmies, la lumière devient nuit.
Il me faudra des jours pour les faire taire.
Mais se feront alors si taiseux que j'en viendrais à les croire vaincus...

Ma vie suggère le contraire, mais j'ai horreur des drames, des larmes, et même des conflits.
J'ai juste ma colère et mes dragons.
Si la première m'ôte toute perception de douleur, les seconds me transportent en enfer.

Sauf que j'ai compris désormais qu'ils sont mes sentinelles.
Et lorsqu'ils tonnent, ils sont avant tout semonce.

Je les crains plus que tout.
Mais il est peut-être temps de savoir les entendre pour enfin les dompter...