Je me demande parfois s'il me reste quelque chose à écrire
Et quand je m'interroge, je sais bien que oui
Je sais en revanche que je ne m'en accorde plus le temps
Peut-être parce que maintenant j'accepte de ne plus me noyer sous les mots
Peut-être la faute à ce temps dont je suis comptable à la seconde près et je gaspille dans un concert de désorganisation. Peut-être la faute à cette musique que j'écoute de nouveau

Je ne vous ai pas même raconté que j'ai préparé le gâteau préféré de Tarquinou (il fallait bien cela pour le père Noël) dans le même temps où je débranchais, portais et rechargeais la batterie de ma bagnole qui proteste à haut cris d'être délaissée des mois durant pour un biclou avant de sombrer dans de stupides pertes de conscience !
Le gâteau a été indemne de clefs à pipe (quelle idée de fixer la batterie au châssis ainsi... j'ai dû exhumer des strates d'outils fossilisés, ceux du temps où j'avais un mari bricoleur, doux rêve lointain)
Je n'ai pas confondu l'eau distillée avec le lait. Tarquinou était content — Le père Noël aussi.

Mon bureau ressemble à une caverne d'Ali Baba : j'y stocke tous les cadeaux que je collectionne pour ma marmaille...
dûment avertis avant leur rendez-vous, mes clients ont l'élégance de se montrer attendris...

Elle aime sortir entre filles.
Elle me couvre de mots tendres.
Elle excuse mes colères.
Patiente, elle attend que l'orage passe. Elle sait que je ne vois pas rouge longtemps.
Elle sait qu'il me faut quelques instants pour reprendre ma mesure.
Elles sait les mots qui me font rire, et surtout ceux qui vont me remettre vite fait à ma place.
Courageuse Tarquinette qui me les énoncent dorénavant un brin pince sans rire.
Et moi je vois pourtant dans le fond de ses yeux qu'elle a encore peur en attendant de savoir qu'elle va être ma réaction.
Je la vois grandir.
Elle sait qu'il me faut parler pour que tout se dégonfle
Parler et rire
Inusable remède qu'elle apprend à dispenser avec la générosité qui la caractérise.


Il ne veut pas partir en classe verte.... pour ne pas quitter sa mère !
Lui !
Un de mes enfants ! A moi ! Faire cela à moi !
Les bras m'en sont tombés !
Il partira un coup de pied aux fesses s'il le faut mais il partira.
Nous négocions donc de pied ferme !
Mais il est habile et hâbleur le minot.
Il a déjà gagné la boîte à bisous.
Je tente de faire un jumelage d'icelle avec la boîte à câlins.
Et je rechigne des quatre fers pour l'étole, l'écharpe ou le châle inondé du parfum de maman...
Ce n'est pas parce que j'en ai des quantités astronomiques (des nappes, des plaids, tout est bon pour m'en draper dès lors que le textile me plaît) que je vais me laisser dépouiller de la sorte !
Un coup de pied aux fesses s'il le faut mais il partira...


Il est grand.
C'est le plus grand maintenant.
Le collège c'est impressionnant pour vous façonner un bambin en jeune garçon...
C'est le plus grand mais aussi le plus fragile.
Je le sais. Je le crois du moins.
Mon fiston...
Celui qui trouve maintenant assez d'aplomb pour me dire qu'il serait peut-être temps que j'oublie les petits pour faire "des trucs avec lui".
Celui qui trouve le temps de faire les photos que je ne fais plus.
Celui qui trouve le temps de faire les photos que je ne sais plus faire.
Celui qui patauge et reprend pied
Celui qui essuie ses larmes et se recompose.
Celui qui me tient la lampe au dessus de mon moteur pendant que je m'accuse d'être la dernière des grues d'y avoir laissé tomber ma putain de clef à pipe, la seule 7 mm. que j'avais...
Celui avec lequel j'ai une complicité d'aîné.
Celui qui me dit que dans 10 ans on se marrera bien en repensant à ces galères nocturnes...
Celui à qui son papa manque tant.


Je n'écoute plus d'autre radio que celle-ci : Otto's baroque Musique Baroque en interprétations majestueuses...
(j'ai vu qu'il y avait un canal opéra mais je ne décolle pas mes esgourdes de sa baroqueuse voisine)

Je crois qu'il est assez tard.
Je devrais pouvoir tomber en sommeil comme on tombe dans un puis.
Ne pas penser à mon boulot en retard...
Ne pas penser à tout ce que je n'ai pas fait...


Bonne nuit.