Le blanc, le feu et le livre
Elles sont là, elles m'attendent. Trop neuves et trop
chères... donc
éminemment suspectes de n'être que caprice. Elles
ne connaissent pas
l'asphalte, ni même le tartan. Elles sont tellement blanches
que nul ne
pourrait imaginer ce qu'elles ont déjà
parcourues.
Elles sont là et m'attendent. Prêtes à
être chaussées et à connaître
enfin ces bois dont la terre a souillé tant de pointes ;
définitif
remède à leur robe trop propre...
Comble de l'ostentation, ogre de la semblance, ils nous
dévorent à tout âge...
Mais la maison est froide, la faute à cette
chaudière qui n'en finit
pas de me faire goûter la douceur de ma grande
cheminée. Alors contre
les courants d'air nous dressons les dossiers des antiques fauteuils
club. Dans ce cercle de vieux cuirs bruns nous entassons tribu, plaids
et shamallows.
J'ai la particulière conviction qu'il en reste en nous
quelque chose de Cro-Magnon...
Ils rient à gorge déployées. Ils rient
ensemble. Comme si le froid
rendait leur proximité paisible. Et puis le sommeil les a
ravi
longtemps, si longtemps qu'au matin, j'ai été
épier leur souffle.
Vieille crainte d'un monoxyde de carbone. Crainte si tenace qu'elle
perdure sans avoir besoin de combustion.
Enfouie sous ma couette. « ON/OFF + m'appelle mon médecin qui me
connaît bien. Pas d'état intermédiaire
: ON ou OFF.
Epinglée sous ma couette. Je suis OFF.
Il n'y aura pas de cavalcade dans les bois, malgré l'ardent
désir que
j'en ai. Les enfants sont prévenus, ils connaissent la
chanson et ne
s'en émeuvent pas, je les soupçonne
même d'être soulagés.
Chagrin d'école me dévore, alors je l'aurai fini
ce soir. Délicieux
paradoxe de la lecture : on ne sait plus qui, du sujet ou de l'objet,
avale l'autre.
Tant pis pour elles, immaculées elles resteront. Ce soir,
elles
reprendront leur labeur sans avoir rien perdu de leur blancheur
virginale. Tant pis pour la dégaine, c'est tout le malheur
de gambader
sur un tapis volant...
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 11/11/2007
De bric en vrac
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Commentaires
le tapis volant, ce sont de nouvelles chaussures pour courir ? Ouahou !
C'est malin, Madame Tarquine. Je m'accorchais depuis quelque temps à ma rambarde pour ne pas être emporté vers l'achat de ce livre (acheter un prix, quelle faiblesse!), vous avez fait sauter toutes les défenses, et le pire est que probablement vous avez raison. Il me reste à lire, encore une nuit blanche en vue et de l'écriture en moins.
Lapsus. Quel est le pire? S'accorcher ou s'écrocher?
Ah bravo.
Vous aussi allez succomber à la mode, vous allez lire ce ramassis de bons sentiments, et ceci à une époque où les mauvais sont tendance.
Comme moi, quoi.
Les objets ont-ils une âme ? La question ne se pose plus, si tant est qu'elle se soit posée un jour ? Je me surprends à les malaxer de la main, tel un aimant... Nous ne sommes que des êtres et pas les plus forts...
J ai eu la chance de recevoir ce livre en cadeau pour mon récent anniversaire. Merveilleux cadeau ! Pennac avec des mots limpides est un enchanteur, avec lui tout semble possible et généreux.
Puisqu'ailleurs les commentaires sont fermés... merci pour ce merveilleux texte sur le fauteil club :)
Aah, j'aime beaucoup ce texte, il contient tout ce qu'il faut : une cheminée, des fauteuils club, un bon bouquin, l'idée d'une balade en forêt...
Découvert votre blog en cherchant Folon,... il réserve encore de belles surprises..merci.
J'aime trop le Pennac conteur, j'ai eu du mal à accrocher à son chagrin rétrospectif...
Alex www.epidose.net