Elles sont là, elles m'attendent. Trop neuves et trop chères... donc éminemment suspectes de n'être que caprice. Elles ne connaissent pas l'asphalte, ni même le tartan. Elles sont tellement blanches que nul ne pourrait imaginer ce qu'elles ont déjà parcourues.
Elles sont là et m'attendent. Prêtes à être chaussées et à connaître enfin ces bois dont la terre a souillé tant de pointes ; définitif remède à leur robe trop propre...

Comble de l'ostentation, ogre de la semblance, ils nous dévorent à tout âge...

Mais la maison est froide, la faute à cette chaudière qui n'en finit pas de me faire goûter la douceur de ma grande cheminée. Alors contre les courants d'air nous dressons les dossiers des antiques fauteuils club. Dans ce cercle de vieux cuirs bruns nous entassons tribu, plaids et shamallows.

J'ai la particulière conviction qu'il en reste en nous quelque chose de Cro-Magnon...

Ils rient à gorge déployées. Ils rient ensemble. Comme si le froid rendait leur proximité paisible. Et puis le sommeil les a ravi longtemps, si longtemps qu'au matin, j'ai été épier leur souffle. Vieille crainte d'un monoxyde de carbone. Crainte si tenace qu'elle perdure sans avoir besoin de combustion.

Enfouie sous ma couette. « ON/OFF + m'appelle mon médecin qui me connaît bien. Pas d'état intermédiaire : ON ou OFF.
Epinglée sous ma couette. Je suis OFF.
Il n'y aura pas de cavalcade dans les bois, malgré l'ardent désir que j'en ai. Les enfants sont prévenus, ils connaissent la chanson et ne s'en émeuvent pas, je les soupçonne même d'être soulagés.

Chagrin d'école me dévore, alors je l'aurai fini ce soir. Délicieux paradoxe de la lecture : on ne sait plus qui, du sujet ou de l'objet, avale l'autre.

Tant pis pour elles, immaculées elles resteront. Ce soir, elles reprendront leur labeur sans avoir rien perdu de leur blancheur virginale. Tant pis pour la dégaine, c'est tout le malheur de gambader sur un tapis volant...