Une bûche — Plus encore : une pierre !
Pourtant je l'ai senti.
Il est venu.
Il vient si rarement.
Il ne vient plus que quand je plonge, quand je m'enfonce si profondément que même les mots, ceux dont je déguise ma vie, ces mots me manquent. Il vient quand je serre les dents et que je serre les poings.
Il vient dans le silence assourdissant de ma marmaille assoupie.
Il vient sur le lit, tout doucement.
Et contre moi il s'allonge.
Il ne fait rien.
Il reste là — Il attend que les larmes coulent.
Il reste le temps qu'il faut.
Jamais il n'est parti avant que le le sommeil ne m'emporte à l'endroit précis où je n'aurais plus besoin de lui

Sinon.
Sinon il ne vient pas.
Mon chat chenu.
Celui qui préfère les recoins assombris à mon lit trop grand.

Mais cette nuit, il est venu.
J'étais bûche, j'étais pierre.
La faute au tapis volant sur lequel je cavale des heures entières.
Il est venu.
Mais pas contre moi. Non pas cette nuit.
Cette nuit il s'est couché sur moi.
Il a beau avoir réduit de moitié mon vieux matou gris, il pesait lourd.
C'était un peu irréel.
C'était étrange.
Parfois j'ai peur qu'il meurt, souvent.
Pourquoi est-il là ? Ainsi ?
Et puis je me suis endormie.
Sans pleurer cette fois-ci.

Et au matin, elle était là.
Elle avait fleuri pendant la nuit l'évidence qui me restituerait ma gouverne.
Un truisme certes. Un truisme tellement truisme que son absence m'était cruelle.
Bref, rien d'important, si ce n'est que l'énoncer m'apaisait tant.
Et qu'il m'est venu avec mon vieux matou gris.

J'ai peur qu'un jour il ne vienne plus, le chat qui sait faire rétrécir mon lit et domestiquer la météorologie...