Le poids du chat sur l'hydrométrie
Une bûche — Plus encore : une pierre !
Pourtant je l'ai senti.
Il est venu.
Il vient si rarement.
Il ne vient plus que quand je plonge, quand je m'enfonce si
profondément que même les mots, ceux dont je
déguise ma vie, ces mots me manquent. Il vient quand je
serre les dents et que je serre les poings.
Il vient dans le silence assourdissant de ma marmaille assoupie.
Il vient sur le lit, tout doucement.
Et contre moi il s'allonge.
Il ne fait rien.
Il reste là — Il attend que les larmes coulent.
Il reste le temps qu'il faut.
Jamais il n'est parti avant que le le sommeil ne m'emporte à
l'endroit précis où je n'aurais plus besoin de lui
Sinon.
Sinon il ne vient pas.
Mon chat chenu.
Celui qui préfère les recoins assombris
à mon lit trop grand.
Mais cette nuit, il est venu.
J'étais bûche, j'étais pierre.
La faute au tapis volant sur lequel je cavale des heures
entières.
Il est venu.
Mais pas contre moi. Non pas cette nuit.
Cette nuit il s'est couché sur moi.
Il a beau avoir réduit de moitié mon vieux matou
gris, il pesait lourd.
C'était un peu irréel.
C'était étrange.
Parfois j'ai peur qu'il meurt, souvent.
Pourquoi est-il là ? Ainsi ?
Et puis je me suis endormie.
Sans pleurer cette fois-ci.
Et au matin, elle était là.
Elle avait fleuri pendant la nuit l'évidence qui me
restituerait ma gouverne.
Un truisme certes. Un truisme tellement truisme que son absence
m'était cruelle.
Bref, rien d'important, si ce n'est que l'énoncer m'apaisait
tant.
Et qu'il m'est venu avec mon vieux matou gris.
J'ai peur qu'un jour il ne vienne plus, le chat qui sait faire rétrécir mon lit et domestiquer la météorologie...
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 03/10/2007
De bric en vrac
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Commentaires
Comme c'est touchant ! Pour ma part, ce n'est pas un chat mais un chien. Un toutou tout jeune qui sait, pourtant, reconnaître mes moments de solitude. Une petite chienne. Enfin petite, elle fut, mais ne l'est plus. Elle croit être encore cette boule de poils mais quand elle se pose sur moi, elle m'écrase, de tout son poids de Labrador. Ses grands yeux me regardent avec tendresse. Les animaux sont des éponges, ils sentent et ressentent. Ils sont beaux d'amour. Toujours.
Comme tu dis bien ça. Il y a tant d'amour et de réconfort dans nos gentils félins. On n'est jamais totalement seule avec ces petits compagnons.
Les chats sont fascinants. Le mien aussi, a veillé tant de peurs, tant d'angoisses, le mien aussi a habité ma solitude.
Les chats ont un rapport mystérieux avec la mort (même si cela relève peut-être de la seule projection de nos sentiments, il nous plaît de le croire). Preuve avec cet extrait de roman (mais l’anecdote est vraie) :
« Grand-Père a mis des mois à mourir. Plus exactement la famille ne voyait pas qu’il était déjà mort ; seul le chat, attiré par cette masse immobile et tiède, venait silencieux entamer la veillée funèbre au bout du lit, boule noire et blanche fendue de deux traits verts, dandy lent repartant sur un regard hautain à qui le chassait. Oiseau de malheur. +
L’intelligence des chats, je serais tenté d’y croire depuis le jour où, parti à la SPA avec ma petite N…, nous fûmes accueillis à l’entrée par un Albinos (son nom) qui lui fit la danse des sept voiles : et que je te mets les pattes autour du cou, et que je te suçote les cheveux. Nous fîmes le tout de la salle par acquit de conscience, mais repartîmes avec lui. Une fois arrivé chez nous (non, chez lui), une fois ses quartiers d’aise pris, il n’a jamais recommencé !
Cette même N… qui, le jour où je lui annonçai qu’on devrait donner son chat à des amis sûrs (passer d’une maison en campagne à un apparemment était une épreuve que je ne voulais pas lui imposer) se mit à pleurer : j’ai plus ma maison, j’ai plus mon papa (nous venions de nous séparer), j’ai plus mes amis, si j’ai plus mon chat, ma tête va éclater. Et quand je lui annonçai que, troublé par son chagrin, j’avais réussi à lui/nous trouver une maison, elle m’avoua : si je devais choisir entre vous et mon chat, c’est lui qui je prendrais. Traduction : lui au moins est fidèle.
Veuve Tarquine, votre vieux chat est fidèle, fidèle à votre passé, et témoin de votre avenir.
Ah les chats... Tellement indépendant mais tellement nécessaire à notre équilibre !!! Ma Puce venait aussi me consoler, me rassurer mais après 16 ans de vie commune elle n'est plus. Maintenant c'est Ayamé mais ce n'est plus pareil, on a l'impression que c'est lui qui a besoin de se faire caliner quand il vient dans le lit... On dirait un bébé et on l'aime tout autant.
Veuve Tarquine à fleur de peau. Il y avait longtemps. Texte poétique, beau de tant d'émotion. Au fait, connaissez vous la définition exacte du mot émotion? : "agitation de l'âme"...
C'est vrai que c'est un chat génial, votre Tarquari. Allez savoir pourquoi les animaux sont tellement sensibles et apaisants... c'est la simplicité même, tout ce dont on a besoin dans les moments où l'on (pense) se perdre. Pour bien faire, faudrait que j'aie un poney chez moi (bah oui j'ai très peur des chats) mais j'ai peur qu'il finisse par être un chouillat encombrant dans mon petit appart. Réflexion à mûrir...
Je me rappelle avoir lu il y a peu un article émouvant au sujet du chat d'une clinique de soins palliatifs, aux Etats Unis. Il venait se coucher, quelques jours avant la fin, auprès des malades qui partaient, et les accompagnait au-delà. Ce qui permettait au personnel soignant d'appeler les familles, et de leur dire "venez dire au revoir, l'heure est venue".
Joséphine, ce que vous dites se rapproche mon récit. Et si, plus prosaïquement, le chat venait là parce qu'il est sûr que l'occupant du lit ne va pas le chasser ?
Vous savez, j'aime beaucoup les chats, beaucoup (leur beauté et leur paresse) mais il faut bien dire qu'à la différence des chiens, animaux de meute qui n'existent que dans le regard du chien supérieur et donc du maître, ce sont des bêtes fameusement égoïstes (relisez ce qu'avait fait Albinos à ma N...) Eh ben moi, cet égoïsme, il me plaît. Mais l'indépendance de leur caractère est une qualité qu'ils paient cher. Essayez d'être chat dans un quartier où sévissent des distributeurs de mort-au-rat ou dans une campagne où sévissent des chasseurs.
+leveur de chats (si si ça existe), je suis très touché par votre texte... Nous avons perdu notre toute première minette il y a peu, même lorsque l'on fait naître (à dimension familiale je vous rassure même s'il s'agit d'une petite activité secondaire déclarée) des êtres vivants, on n'en demeure pas moins extrêmement attachés à eux. Je dirais même : "bien au contraire" !
Un chat est une présence, un regard, une complicité mais aussi une curiosité réciproque qui n'a pas d'égal dans la gente animale.
Geoffrey Household disait d'ailleurs : "J'ai remarqué que ce que les chats préfèrent dans l'être humain n'est pas son habilité à le nourrir, ce qu'ils trouvent normal - mais le fait qu'il soit distrayant..."
Bon, j'ai hésité mais...
Si je puis me permettre une once d'humour (très) noir en citant l'un de mes auteurs préférés, Pierre Desproges, à propos de ce chat américain qui "sait" où la mort va frapper : "Quand le chat n'est plus sur mémé, c'est qu'elle est froide !"
En espérant vous avoir apporté le sourire malgré la bassesse de mes propos !
J'arrive via Meerkat, et suis particulièrement touchée par ce texte...
PMB> Non, ce chat ne se fait pas chasser par les autres malades. Cette histoire est vraiment très spéciale, Oscar a même fait l'objet d'articles dans des revues scientifiques car il parvient à détecter la mort imminente mieux que les médecins du service...
J'arrive aussi via Outrelande. Ce billet m'a émue, par la complicité qui vous lie l'un à l'autre. Ce chat est comme un passeur, impressionnant. (il semble que nous soyons voisines, si tu habites près de la rue de Belleville ;-)