Pile, page et prose
J'en ai fait des piles à l'équilibre incertain.
Car je n'ai jamais cessé de les espérer, de les
convoiter.
Malgré les remparts dont ils sont ceints
désormais, ils ont continué à me faire
rêver, à me faire soupirer.
J'escomptais qu'un jour ils viendraient de nouveau me ravir, me
soustraire, me soulever ; qu'un jour je goûterai encore leurs
transports.
Alors je n'ai jamais cessé d'en acheter...
J'en ai fait des piles à l'équilibre incertain.
Des piles dont j'ai entouré mon lit, comme pour en peupler
mes rêves.
Des piles dont j'ai tapissé mes murs, comme s'ils pouvaient
les faire tomber.
Des piles comme celles qui soutiennent les ponts. Des ponts qui vous
font passer d'une rive à l'autre.
Je ne me suis jamais résolue à les laisser
déserter ma vie, ils l'avait trop éblouie.
Peu m'importait que leurs pages soient désormais
stériles, peu m'importait que dorénavant mes yeux
soient vains à les percer.
Ils étaient là.
Tant pis s'il fallait me résoudre à ne
conserver que le désir que j'avais d'eux.
C'était toujours mieux que de les entasser au rang des
souvenirs.
Ulysse, Edmond Dantès, Pierre Bézoukhov, Scarlett
O'Hara, vous n'avez jamais cessé d'exister.
Ulysse, Edmond Dantès, Pierre Bézoukhov, Scarlett
O'Hara depuis les pages où l'on vous a couchés
vous vous êtes faits gardiens, et puis rois, et
bientôt conquérants.
Ma vue est plus fatiguée qu'il y a quelques
années.
Mes yeux n'ont plus la même vélocité.
Les livres sont exigeants, ils n'aiment pas qu'on les abandonne trop
longtemps alors ils se font plus austères, plus ombrageux
aussi.
Mais pas très longtemps.
Mon infidélité n'a que trop duré, il
est temps pour moi de les retrouver.
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 29/05/2007
Veuve Tarquine bouquine
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Commentaires
L'amour des livres ne nous quitte pas. Il faut cependant en re-trouver le chemin. J'ai suivi celui des livres d'images, revues et magasines, pour retenir un peu plus mon attention qui transformait les mots en papillons. Impossible cependant de me perdre comme avant dans des récits qui ne soient pas de vie. Il y a la télé-réalité et pour moi qui ne la regarde pas, il y a maintenant les livres-réalité. Peut-être pour oublier que j'ai quitté le roman de ma vie.
J'ai, moi aussi, quelques livres disposés au pied de mon lit. Pourtant je lis peu, presque plus. Ce sont les mêmes depuis longtemps. Je leur préfère désormais les évasions musicales, ces mélopées numériques que je verse, à volonté, au fond de mes oreilles. La création mentale à la récréation chapitrée...
Merci de ce texte si beau et si pur. Je vis également au milieu des livres. Christian Delacampagne voisine avec les auteurs les plus célèbres et les plus méconnus. Je me suis mis à l'écriture depuis peu et j'espère que je pourrais un jour vous offrir ce texte au titre qui est "Revoir Fatima". Merci beaucoup et à bientot.