« J'ai rechaussé mes pointes. »
D'une certaine façon c'est la vérité. Mais à défaut de boue ou de tartan c'est le bitume qui me fait danser.
Et le bitume ne tolère pas que l'on griffe celui-ci pointes en acier.
On se contente d'y sautiller en priant pour qu'il ne vous abîme pas trop.
Alors pour la première fois depuis plus de 20 ans mon coeur a sursauté quand le pistolet de départ a retenti.
J'ai retrouvé des sensations oubliées — la surprise d'entendre son souffle comme s'il s'agissait de celui d'un autre. Découvrir le martèlement de ses propres pas. Se surprendre à exister de toutes les cellules de son corps — le plier à sa mesure — et le sentir puissant . Allonger les foulées comme pour se rappeler que la vie se prend à bras le corps et non les jambes à son cou. Avaler le macadam, méthodiquement, obstinément — ne pas fuir mais avancer. J'ai fini en sprintant parce que c'est ainsi que j'achevais mes courses, il y a longtemps maintenant. Classement décent, surprenant bien que finalement si peu important. Courir de nouveau. J'ai déjà renvoyé un autre bulletin. Un autre dossard, une autre distance. Ce n'est plus mon clavier que je griffe désormais, pour l'heure j'ai jeté mon dévolu sur l'asphalte !