Quand on a franchi le portail, Tarquinet m'a dit : « ici c'est chez nous ! »
J'ai juste dit « oui ».
Je savais exactement ce qu'il ressentait.
Et il savait exactement que j'en pensais pareillement.

L'accueil fût sévère.
Elle nous en voulait la demeure de l'avoir quitté si longtemps !
Pas de jus en arrivant — Un compteur en carafe — une inondation à la cave — Et évidemment une chaudière assoupie !

On ne lui en a pas tenu rigueur.
Nous n'avons pas tourné les talons.

On a allumé des bougies — On a fait un grand feu.

Alors le compteur s'est même secoué les puces.
Et si la chaudière n'est pas repartie (c'est qu'elle a les pieds humides la pauvrette !) la pompe ronronne à la cave.
Je ne sais pas trop si elle viendra à bout de ces 15 centimètres d'eau mais à chaque jour suffit sa peine.

Trop frileuse pour abandonner la chaleur de l'âtre , on a brouillé des œufs au dessus du feu.
On les a dégusté avec de grandes tartines de pain beurré.
Et puis on a fait griller des chamallows.
Et on a croqué des cerneaux de noix fourrés de généreuse pâte d'amande.
Et puis on s'est doré les joues au soleil de la flambée.
On s'est pelotonné dans le cuir des fauteuils de mes grands-parents.

Et puis lorsque l'on s'est autant réchauffés que rassasiés, on a entassé de vieilles et lourdes couvertures de laine sur les lits.
Et ils s'y sont blottis, chacun avec un livre.
Heureux d'être ici.
Heureux d'être bien.

Ventrebleu, qu'on est bien chez nous...