Il me faudrait le talent d'un Desproges. Alors je saurais dire de quoi mes tripes se tordent. Et puis je parlerai du relent des ordures qui vous habite pour les avoir respirées de trop près.
A moins que ce ne soit celui d'un Jean Genet ; et je décrirais par le menu de quoi est faite la gerbe que vomissent mes boyaux. Je ne me lamenterais pas trop. Je ne dirais pas l'impression que cela fait d'être prise pour du fumier. Je me draperais dans ma colère, ma haine et mon venin.
Sauf qu'il me faudrait combattre encore une fois. Combattre les mots pour les dompter, parvenir à les élever à la mesure de l'abjection. Combattre ma mémoire qui me dicte que pour une fois il faut fuir. Combattre l'impérieux désir de me tenir le plus éloignée possible de ces latrines où se noie la confiance, précisément celle que certains ne savent obtenir qu'à grands coups de leurre, à grand coup d'imposture.
Et puis viennent se plaindre d'avoir été tenté.
Et puis gémissent.
Visqueuses roulures de la persécution... aussi prompts à faire le mal qu'à se vautrer dans leurs bruyantes lamentations.
Vains et vilains mots.
Mais je suis tombée de haut.
Je ne savais pas que l'on pouvait accepter de vivre dans de tels immondices.
J'ai peur de ne plus jamais savoir faire confiance.
Pour l'heure, je veux juste croire encore que le monde n'est pas seulement peuplé de blattes.