Je n'ai jamais remis le compteur journalier à zéro.
Depuis plus de trois ans maintenant.
Pourquoi je ne sais pas vraiment.
Car je n'aime pas les collections de souvenirs. Ni les mausolées.

Et pourtant.

Sans même m'en apercevoir j'ai remis une photo de mon mari dans mon bureau.
Le cadre était posé à plat sur une étagère depuis mon déménagement.
Un jour, en passant, incidemment, je l'ai redressé.
Il restera ainsi désormais.

Cependant.

J'essaye toujours d'oublier — et non pas de me souvenir.
C'est plus facile ainsi.

Antienne tarquiniolesque :
Ne pas calibrer son présent à l'aune de son passé.
L'un et l'autre ne souffrent pas la comparaison.

Il est flagrant que l'une et l'autre de mes vies sont méconnaissables.
Il est flagrant que je ne ressemble plus que de très loin à celle qu'il aimait.

Néanmoins.
J'ai la certitude qu'il m'aimerait tout autant.
Il m'aimait tellement.
Précieuse certitude qui me réchauffe et me glace.
S'en souvenir me confine au passé.
Insondable perte.
Gouffre dans lequel je ne me noie que trop.

Alors cela je ne veux pas y penser.

Ordoncques.
Foncer. Cela peut faire illusion.
Mais bouffer la vie ne nourrit  pas son homme, loin de là.
Sauf que je n'ai pas trouvé d'autre solution...
C'est toujours mieux que de pleurer son passé !

Nonobstant.
Il faut que je me souvienne.
Sinon je vais me perdre.
Alors je remets la chaîne.
La sienne, celle où s'enchâssent nos alliances.

Qu'il est tortueux le chemin qui va du passé vers un éventuel futur...