Non mes ombres ne m'encombrent pas.
Elles sont là, tout près mais je les appelle quand même.
Je les sens mais de si loin.
Elles ne m'encombrent pas. J'aimerai pourtant qu'elles m'envahissent et m'ensevelissent.
Qu'elles me permettent d'oublier mes éternels combats.

J'aimerai me résigner. Laisser pisser.
Certains semblent savoir le faire. Moi je les envie.
Pourquoi faut-il que je sois toujours en train de me battre ?
Contre moi, contre le temps, contre les évidences, contre ce que je crois savoir, contre ce que je devine, contre ce que je m'imagine.
Accepter.
C'est peut-être cela le traître mot.

Mes ombres sont là. Tout près. Mais elles ne protègent plus.
Elles sont dorénavant trop loin.
Maintenant je suis seule.
Et je sens ma vie qui m'échappe.
Sans bien comprendre pourquoi.

Les mots me fuient aussi.
Je ne sais pas décrire ces larmes qui  coulent et qui me laissent pourtant de marbre.
La douleur est toujours là mais je ne la ressens pas.
Pleurer n'a jamais empêché de vivre, ni même d'en rire.
On pleure sur soi, un peu. Mais pas trop.
On pleure l'amour et la confiance, tous deux envolés. On pleure beaucoup cela.
On pleure son passé.

Mais le pire c'est quand on pleure déjà son avenir.
Avenir.
C'est ce mot là qui me terrifie je crois.
Mes ombres ne suffisent plus à le masquer.
Elles ne m'encombrent pas assez.
J'aimerai pourtant beaucoup qu'elles m'obstruent la vue.
Peut-être alors que j'accepterai.
Que je laisserai tomber mes combats stupides.
Contre moi, contre le temps, contre les évidences, contre ce que je crois savoir, contre ce que je devine, contre ce que je m'imagine.

Mais si c'était enfin d'accepter qu'ils soient morts qui me jettent dans cet avenir si ténébreux ?
Rendez-moi mes morts.
Rendez-moi mes mots.
Pleurer son passé c'est beaucoup moins compliqué que de redouter son avenir.