irréalité n. fém.
Ce soir, ils ont refait une cabane, un havre d'édicule, un
refuge à câlins.
A trois, cette fois.
Tarquinet dort à gauche, dans mon vieux duvet orange, sous
le côté du toit constitué d'une couette
Pikatchou.
Tarquinou dort au milieu. Le doudou en bataille et les bras en croix.
Tarquinette ne dort toujours pas.
Elle est à droite là où le toit est
bas, n'arrivant pas à quitter un livre où il est
question de princesses dégourdies et qui n'ont peur de rien,
évidemment !
Pour faire taire leur rire et gagner leur sommeil, je les guette dans
le couloir.
Je les envie aussi.
Ils n'avaient pas fait cela depuis des années.
Mais quand ils me l'ont demandé j'ai acquiescé
sans délai.
Oui mes amours.
Réfugiez-vous. Agrégez-vous. Retranchez-vous.
Je les regarde et je me sens comme eux.
Ailleurs.
J'ai l'impression de nager dans une ouate trop blanche, trop molle
— assourdissante.
Comme si je n'étais plus capable de rien d'autre que
d'espionner mes mômes.
De sentir leur besoin.
Et de ne pas savoir nécessairement y répondre.
Comme si j'étais là mais que c'était
une autre.
Et comme si cette autre ferait forcément mieux.
Perdue dans un océan d'irréalité.
Épuisée, je crois.
J'ai aussi envie d'une cabane là.
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 12/11/2006
Tréfonds et sentiments
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Commentaires
Fais ton choix, toi et ton autre ferez tout très bien, j'en suis sûre.
Pikachu, pas Pikatchou. A moins que Pikatchoume?
Peut-être que s'ils t'ont laissé une couette, tu pourrais t'en faire une, cette nuit, histoire de te blottir à ton tour ?
Juste pour respirer ce qu'il faut et souffler sur la ouate blanche pour dissiper ces impressions pas très agréables, et j'en suis sûre très fausses...
"Riant dans tes larmes, pleurant dans tes rires, la vie pousse devant elle le cerceau de tes jours. Elle accourt au moindre appel, l'éternelle épousée. Si grêle que soit ta voix, elle vient. Dans ses cheveux brille une étoile filante, glanée dans un des livres où elle dormait, d'un sommeil léger. Le feu qu'elle ranime c'est toi, tout entier recueilli dans le peu de mots." (Christian Bobin, le colporteur)