Marée basse
Je n'y pensais pas.
Moi je m'en foutais un peu d'avoir quarante ans.
Prendre un an, la belle affaire !
Vieillir c'est simplement la preuve que l'on ne meurt pas.
L'âge ne se fige que dans la mort.
Alors soudainement ce n'est plus à mon âge que
j'ai pensé mais au sien.
Et à sa mort à lui.
Parce que ce jour-là c'est précisément
le jour où je suis devenue plus vieille que mon
époux.
Alors j'ai eu le sentiment que je le quittais.
Que je l'abandonnais.
Plus âgée que mon mari...
Il y a des vérités qui vous cueillent comme un
fruit trop mûr, des vérités qui vous
abîment en tombant.
Je n'ai jamais imaginé très longtemps devoir lui
être fidèle.
Je n'ai pas trop souffert de culpabilité en
réussissant à ne pas l'être.
Sauf que lui il n'est plus là pour me protéger.
Et c'était le seul dont je savais accepter cela.
Et il y a des jours où j'aimerai tant avoir un refuge.
Ou même l'illusion d'un refuge.
Celui de deux bras où je pourrais verser quelques larmes.
Celles qui connaissent dorénavant trop bien le chemin de mon
clavier.
Juste quelques larmes.
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 03/11/2006
Chagrine Tarquine
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Commentaires
ce n'est pas grand-chose, mais je vous lis souvent... et je pense aussi souvent à vous. Une solitude habitée... c'est tout vous, si vous me permettez, chère Tarquine.
Moi c'est à trente ans que je suis devenue plus âgée que mon grand frère ! Il aurait 52 ans. Je vous souhaite un quarante ans flamboyant, veillée par votre mari, entourée par vos enfants (qui sont de très beaux enfants)
Bonsoir,
Bonne anniversaire, 40 ce n'est qu'un chiffre vous ne les faites pas mais alors pas du tout.
Cordialement
Mon fils a eu le même type de réflexion alors qu'il m'interrogeait sur ses arrières-grands-parents qu'il n'a pas connus (et moi-même pas si peu) et qu'il comprenait qu'il approchait de l'âge à laquelle ma mère avait perdu la sienne (en conséquence indirecte du débarquement). Et d'ailleurs je crois que je ne vais pas tarder à devenir plus vieille que ma grand-mère maternelle, laquelle tenait boutique, élevait ses enfants (3 qui grandissaient sur 6 qu'elle avait mis au monde), briquait sa maison, préparait deux repas complets par jour pour toute la maisonnée et avait connu deux guerres. Quand le courage me fout le camp, je pense à elle. (qui en plus à ce qu'on a retrouvé d'avant, et ce que ma propre mère m'a rapporté, aimait lire).
Ces dépassements d'âge ne sont décidément pas indifférents.
Tel le mercure liquide qui en se solidifiant devient fragile comme le verre...
Je compatis... Et comme les autres ci-dessus, je pense à... ma mère.