Au matin, je me suis réjouie de sentir enfin les premiers frimas.
Ceux qui vous offrent cette jolie buée blanche.
Ce délicat halos qui se forme devant vos lèvres lorsque l'on danse à bicyclette et  qui vous donne cette si précieuse impression de voler.

Et puis j'ai pesté contre ces maroufles vélocipédistes qui foncent sur les passages piétons pour transformer en quille ceux qui les traversent légitiment à pied.
Et j'ai aussi tiré la langue à une Tatie Danielle qui reprochait à la terre entière de respirer son air et en particulier à tous ceux qui n'avaient pas son âge d'avoir l'audace d'exister.
« Il vous faut prendre vos pieds » éructait-elle comme je passais à 4 mètres d'elle sur un quai de Seine aussi spacieux que désert.
C'est pourtant une bien jolie formule... "prendre ses pieds..." Je ne connaissais quant à moi que l'expression qu'au singulier... Mais en prendre deux, cela n'est-ce pas mieux que de n'en prendre qu'un ?

Après Tatie j'ai croisé Marcel.
Marcel Bidochon en chair et en os.
Et il le tenait ferme le volant de son scooter.
Il affichait aussi un air mauvais qu'il croyait être intelligent.
Et il gueulait ferme, Marcel !
Point de jolies formule de vieilles...
Non, lui c'est à grand coup de klaxon qu'il signifiait à ces putains de vélos de merde d'avoir à dégager devant lui.
A lui, le grand Marcel, celui qui roule dans les pistes cyclables...

Premiers frimas...
Je me demande ce que vont me réserver les premières gelées...