Stabat Mater Dolorosa
Au début je pensais que c'était son
immensité qui me dérangeait.
Et puis j'ai découvert que c'était sa
vacuité.
C'était ma viduité.
Celle qu'on ne peut pas tromper.
Celle qui vous tient éveillée quand la ville dort.
Alors j'ai réalisé d'aussi loin que je me
souvienne j'ai toujours recherché, à la nuit
tombée, un souffle chaud contre lequel je pourrais fermer
les yeux.
Je me suis souvenue des expéditions folles avec Zomozygote
où chaque nuit, quasiment sans exception, nos oreillers
respectifs sous le bras, nous partions investir le grand lit des
parents tellement épuisés par nos
réveils nocturnes qu'ils n'avaient plus la force d'affronter
nos pleurs si par malheur ils nous en chassaient.
Je me suis souvenue que plus tard, au prétexte de partager
nos lectures et leurs fous rire, nous nous endormions quasiment le nez
dans le bouquin de l'autre posés si prêts l'un de
l'autre que leurs couvertures s'enchâssaient.
Je me suis souvenue que jamais je ne me suis endormie contre Tarquin
sans venir me coller à son corps tout rond, venant lui
soutirer la chaleur et la tendresse dont il était si
généreux à mon égard.
Et puis, confrontée brutalement au silence de ce grand lit
glacial, de frileuse patentée, je me suis soudain
congelée, autant de froid que d'effroi.
Alors a commencé la longue suite des stratégies
pour ne pas m'abrutir de cachets.
Au début il était si grand, ce lit, que je
refusais d'y dormir.
Durant des mois, j'ai baissé l'inconfortable
canapé devant la télé et je me suis
noyée de tout ce que mon appartement comportait de cassettes
vidéos. Quand j'avais de la chance je n'en voyais pas la fin
: Morphée m'avait cueilli avant.
Et puis, un jour enfin, j'ai affronté la vacuité de mon
propre lit, le second oreiller surnuméraire et la couleur
des draps qu'il avait choisis.
Mais seule, je ne pouvais pas.
Comme je ne voulais pas m'emparer du sommeil de mes Tarquinets pour m'y
aspirer et m'y consoler, j'ai fait une place à mon Tarquari
qui rappliquait ventre à terre dès la
première larme perlée.
Et comme cela ne suffisait pas encore, j'ai rempli mon PDA de tout ce
que j'ai pu trouver de comiques français.
Alors les écouteurs sur les oreilles, j'ai passé
en boucle tous les disques de Desproges, des Sketch de Muriel Robin ou
des extrait de Luis Rego ; jusqu'à épuisement,
jusqu'à ce que mes paupières soient du plomb que
mon esprit soit du coton et mon corps un espèce de bout de
chiffon ou ne persistait plus la moindre parcelle de
volonté. Il me fallait sombrer comme on saborde le navire.
Cependant, ce moyen là fût par trop vite
élimé : pour parvenir, dans la
journée, à mettre un pied devant de l'autre sans
ouvrir les yeux, je répétais, dès le
lendemain matin, la même opération en marchant
dans la rue, écouteurs aussi assourdissants qu'aveuglant
vissés sur les oreilles.
Alors j'ai connu bientôt chaque respiration, chaque
applaudissement, chaque hésitation et il m'a
fallût songer à de nouvelles dérobades.
Un VAIO tout chaud à la place où dormait Tarquin
fût le remède onéreux mais
définitif à mes courses poursuites.
S'y déverse DVD, stations de radio ou articles de presse qui
viendront me procurer l'illusion d'une présence, d'une
chaleur, d'une raison de ne pas fuir cet immense lit vide.
Plus tard, j'ai même réussi à y
écouter quelques morceaux de musique et
nouveauté, à me caler contre lui tout en lisant
les pages de quelques romans où je m'endormais
impérieusement entre deux phrases. Ce n'était
certes pas la panacée mais je pouvais clamer haut et fort
que j'avais vaincu la guerre des cachets et quand on sait la
facilité avec laquelle on vous les dispense ces pilules, ma
victoire ne m'en paraissait que plus belle !
Sauf que lorsqu'un soir de juin dont la température est
pourtant plutôt sereine, on se retrouve soudain
recroquevillée dans le coin le plus reculé de son
lit à grelotter de froid enfouie sous une couette,
étouffant ses frissons dans son oreiller sans rechigner
à retrouver même la douceur d'un pouce poli par
des années de suçotements, sans parvenir
à se contenter du ronronnement qui du chat, qui du VAIO, il
est vain de se voiler la face.
Elle est parfois diablement lourde cette vacuité...
Et quand on ne parvient plus à l'ignorer le mieux est encore
de se l'avouer et de l'affronter.
Alors je n'ai pas éteint mon VAIO mais plutôt que
de meubler encore une fois la place de celui avec lequel j'aimerai
aujourd'hui passer mes nuits, j'ai laissé James Bawman me
torde les tripes et me tétaniser d'envie.
Je n'ai pas de remède mais je n'ai pas envie, cette fois-ci,
d'inventer de nouvelles ruses pour y échapper.
C'est toute la différence entre sa vie qu'on construit et la
mort qu'on subit.
Antonion Vivaldi — Stabat
Mater — Academy of Ancient Music Christopher
Hogwood— James Bowman — Stabat Mater Dolorosa -
Cuius animan gementem - Oquam tristis et afflicta.
Antonion Vivaldi — Concerto
in sol mineur Nisi Dominus — Academy of
Ancient Music Christopher Hogwood— James Bowman —
Cum dederit dilectis suis somnum.
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 23/06/2006
Chagrine Tarquine
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Commentaires
Mon Dieu (ah non c'est vrai, c'est un blog sans dieu ici!) que cette version est belle...Et dire que pas plus tard qu'hier soir j'ai fait ecouter le Stabat Mater de Vivaldi a mes enfants. Allez je me le remets et j'enchaine sur le Nisi Dominus. Merci!
Bonjour,
Je connais ces nuits longue et froide, mais moi j'ai pris l'option cachetons (pas fiere mais bon c'etait ca ou la faucheuse....). Vous avez plus de force que moi, bravo
Cordialement
je ne veux pas de sommniferes : jamais malgré les autres , les docteurs , les si tu en prenais juste un de temps en temps , non ,non ,non : je me suis crée mon auto hypnose a moi ,même si j' ai demandé des conseils a un therapeuthe : comme les bébés des rituels avec son oreiller et son eau de toilette et quand ça marche pas , mp3, livres ( toujours une dizaine de nouveau au pied ),ordi en wifi et lecture de blogs : l' auto hypnose fonctionne de mieux en mieux : je dors 6 h de suite cela me suffit pour tenir : on verra plus tard quand je ferais mes nuits : je n'ai que 38 ans , je suis encore jeune pour faire mes nuits !!( bon courage chiboum )
eh oui dans la journée on s'étourdit ou plutôt on s'oublie dans une foultitudes d'activités quotidiennes. Mais la nuit on se retrouve avec soi-même et là toutes les ou la grande peine se réveille avec sa cohorte de pleurs et d'angoisse. ....On utilise plein de subterfuges pour survivre... Mais peu à peu, quelquefois très lentement, le Temps permet l'oubli et on réapprend une autre vie ...
« stabat mater, dolorosa…+, c'est un air que je me chante souvent quand ça ne va pas. Et que je passe et repasse quand ça ne va pas mieux…
Un de mes disques préférés, qui fait partie de ceux, comme les Leçons de ténèbres de Couperin, que je peux écouter
non, me couler dedans serait plus appropriéà certains moments particuliers.C'est James Bowman au fait ;-). Il passe à Paris les 15 et 17 août, on va l'écouter ensemble ?
Surtout n'écoutez pas "Didon et +née" de Purcell !...
Vous risqueriez d'avoir beaucoup de mal à vous remettre de la mort de Didon.
''When I am laid in earth, May my wrongs create
No trouble in thy breast;
Remember me, but ah! forget my fate.''
« Surtout n'écoutez pas "Didon et +née" de Purcell !... + Heu... Je vous avoue que je ne vous ai pas attendu pour que cette œuvre fasse partie de mes favorites...
Je ne vais pas dire que je m'en doutais ! Disons que je n'en suis pas étonné ...
Et j'espère que de nous offrir de la musique avec des vrais morceaux de Dieu dedans, vous vaudra le pardon de ceux qui vous crucifièrent.
Ne voyez point en moi le malin : sans autre conviction religieuse que celle de ne pas en avoir, j'adore écouter (et chanter) Bach et toute la musique sacrée, ancienne et baroque.
On a tellement écouté Le sabat Mater chanté par Bauwman avec sa voix étrange et magnifique si semblable à celle d'un castrat, pendant la raclette du samedi soir , que maintenant l'une nous s'emble inséparable de l'autre : les enfants nous réclament le sabbat Mater à chaque raclette !
J'ai ete triste, mais jamais comme Tarquine. Je n'ai pas de raisons d'etre triste. Tarquine est forte et continue a vivre et a rire aussi! J'espere devenir une femme comme toi, Tarquine, avec une ame aussi belle et aussi pure que la tienne. Tu me touches au plus profond de mon etre. Alors Tarquine, tu es une grande dame.
Tut ! tut ! Je ne suis rien de toute cela ! Je suis une emmerdeuse patentée qui se défoule en alignant des mots. Rien de plus !
Ce texte est très bien fait et j'étudie le Stabat Mater Dolorosa en cours de Latin.Je l'ai traduit et nous en avons profité pour le chanter.Ce chant est très dur et très beau.
j'étudis le stabat mater en cours avec mon prof de latin , c'est pas trop mon style de musique mais bon la musique reste en tête ^^"
cette musique m'inspire beaucoup, je suis désolée pour ce qui vous arrive, ma&is cette musique et super triste, je ne l'aurai_ pas mise pour me remonter le moral au re voir ! coco
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Je ne sais pas si cette musik me fais gd chose en fait
j' adore le stabat mater c' est triste mais j' aime bien claire
je t'adore luca
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ca déchire !!!
je touvreque le sta bat meater c'est nul
cette musique est tres jolie surtout celle de vivaldi! g sui desoler c tre triste;( et bonne chance
bisous
mon papa aussi il écoute le stabat mater je n'adore pas mais j' aime bien
Notre professeur de Latin nous fait etudier le Stabat Mater, nous ne sommes pas hyper fans mais nous aimons bien. Nous sommes desolées pour vous, mais nous voyons que cette musique vous a beaucoup aidé...
Bonne chance pour la suite
toute mes condoleances pour votre mari
je t'adore luca
Et hop, une tripotée de spammeurs d'un nouveau genre ?
Bonjour,
Non, ce ne sont pas des spammeurs : ce sont plusieurs de mes élèves, beaucoup pas très fins ou très maladroits parce qu'ils n'ont pas compris le témoignage de Veuve Tarquine. Il a fallu que je le leur explique pour qu'ils se rendent compte pour au moins un de son énormité. Cela dit, beaucoup de mes élèves ont en réalité beaucoup aimé le Stabat Mater, d'ailleurs, ils continuent à le chantonner encore aujourd'hui alors que nous l'avons fini. Je voulais à ce titre vous remercier : c'est votre témoignage et l'extrait musical qui l'accompagne qui m'a donné l'envie de faire découvrir ce magnifique moment de la musique à mes élèves, et c'est parce que c'est vous qui m'avez donné cette envie que j'ai voulu montrer votre blog à mes élèves. Certains n'ont rien écrit, mais croyez-bien qu'ils étaient très tristes et de tout coeur avec vous quand ils ont compris le lien entre le Stabat et vos épreuves. Cordialement Anaxagore