Mes mots à moi
J'ai trop biffé de mots, trop déchiré
de feuillets, trop
tu en son temps ce qui me sortait par tous les pores de la
peau au prétexte de ne pas gâcher ce qui
était déjà mort-né. Alors
les mots qu'on écrit dans la nuit et qu'on fait
disparaître le matin venu, même s'ils ne sont plus
nécessairement pertinents le soir suivant, qu'ils
soient prémonitoires ou qu'ils deviennent furtifs et caducs,
je ne les renie plus. J'ai
attrapé la soif d'écrire comme j'avais celle de
fumer. Sauf que la clope que l'on calcine entre ses doigts
jaunis ne réclame pas de temps, elle n'exige pas de vous
d'addition dans l'instant, ce n'est qu'après qu'elle vous
vole votre vie. Les mots, si eux vous préservent, ils sont
plus gourmands du présent. Plus essentiels aussi. Alors
quand la vie vous prend, on oublie de faire appel à eux, pas
par infidélité mais parce qu'ils souffrent mal de
l'indolence. Et puis les mots ne se laissent pas niveler sans regimber.
Alors puisque l'on est tant lu que l'on a désormais des
cachotteries, les mots se sauvent si l'on ne prend pas suffisamment de
temps pour les polir, les faire reluire et les disposer de
façon à finalement voiler l'essentiel.
Mais les mots me manquent par trop. Et puis taire ce qui vous consume
c'est un peu les trahir, alors on est pas tout à fait
fière et s'il on sait bien que sa vie est ailleurs et
qu'elle n'a pas à être
déroulée ici pour être
dégustée, il n'en demeure pas moins que quand vos
tripes se serrent et que vous arrivez devant la croisée des
chemins, on aime aussi retrouver la quiétude des mots tout
chauds qui vous font mettre le doigt sur ce qui fait vibrer votre vie.
Je ne sais pas ce qui m'attend maintenant. Si les vies se ruinent dans
un claquement de doigt, elles recèlent aussi des joies que
je ne croyais plus devoir connaître. Alors nolens volens je sais
bien que les mots sont la seule chose qu'il me reste pour me donner
l'illusion que ma propre vie m'appartient.
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 08/06/2006
Tréfonds et sentiments
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Commentaires
Bonjour Madame Tarquine
je me demandais en vous lisant, si ce n'était pas là un "piège" des blogs qui vous inspire ces lignes
il me semble que l'on écrit pour être lu ou lue, quelque soit le sujet, l'humeur, l'émotion ou l'élan
mais il me semble à vous lire que d'être lue vous fasse perdre un peu de la sincérité que l'impudeur relative de l'élan un peu narcissique permis par le blog...
ce ne sont que de vagues questions me trottant dans la tête
ayant connu l'inverse, de n'avoir jamais été lu alors que j'écrivais pour ne pas crever de solitude, attendant quelques répondant parmis des sensibilités réactives et attentives...
je ne m'expose plus...
mais bon
je lis les autres et parfois leur marque un peu d'intérêt... bonne continuation
Un piège des blogs...
Moi j'épiloguerai surtout sur le piège de laisser les commentaires ouverts sous ces billets intimes que des touristes fort de leurs certitudes — feintes ou non— viennent vous faire regretter d'avoir partagés...
toute la journée d'hier, après avoir constaté la disparition de la "Lanterne de l'estaminet......", j'ai été en souffrance de cette disparition.
Ce matin le ciel est bleu, j'ai lu votre billet et ai retrouvé celui d'hier.
ah les mots, quelle merveille ! dommage que je ne sache pas les utiliser comme vous pour être au plus pres des émotions.
J'espère que mes commentaires ne vous ont jamais fait regretter un seul mot de vos billets. C'est un risque pour celui qui commente comme pour celui qui a écrit, et je ne sais pas quel est le plus déçu des deux quand cela arrive. Cela m'est arrivé, et ce n'est pas agréable du tout... mais quand un billet qui nous tenait vraiment à coeur est bien commenté, quel plaisir...
Ecrire n'empêche pas de vivre contrairement aux idées reçues de ceux qui n'ont aucun talent, ni pour l'un, ni pour l'autre.
Ecrire n'empêche pas d'aimer, mais complique la chose, ou l' éclaire d'une "obscure clarté". Il est des histoires que l'écriture fait flamboyer et d'autres qui imposent le silence.
(Je vous embrasse, chère Veuve Tarquine.)
Le silence étant désespérément muet, je suis donc obligé de le rompre pour vous témoigner de mon affection.
Le gros "danger-piège" des commentaires de blogs c'est de ne pas être (je préfère penser par maladresse) à la hauteur (des sentiments) de celui-celle qui écrit. Le décalage peut-être, entre le moment où la page est écrite et celui où elle est lue??? Et puis, quant à moi, l'impression parfois de regarder par le trou d'une serrure...
j'aime tes mots
Que Tarquari tienne sa patte éloignée du clavier pour que ces mots jaillissent.
Plein d'affectueuses pensées.
j'ai peur de vous avoir "offusqué"
en disant "piège des blogs" je pensais à cette tendance au narcissisme qu'il ouvre et aussi au risque que l'on prend à dire son inquiétude intime ou son angoisse, dans l'attente d'une réponse, d'un mot qui relance sur autre chose.
le piège vient autant du risque pris de ne pas trouver de réponse, de s'exposer à la méchanceté et à l'incompréhension d'être blessé quand on l'est déjà d'une certaine façon
que du risque de se sentir offusqué parce que l'autre, le lecteur, (qui n'est pas forcément méprisable ou touristique, car il prend aussi le risque de l'incompréhension et n'est pas forcément imbu de certitude) parce que l'autre ne s'est pas tenu dans son rôle de simple publique bien élevé
ou qu'il n'a pas une plume aussi talentueuse... et ça conduit à l'orgueil
non ?
je ne dis pas d'être ou de ne pas être à la hauteur de quoi que ce soit
ce qui m'intéresse, c'est de comprendre quelque chose. ce qui me déçois c'est de ne pas comprendre ou de ne pas être compris, de ne pas avoir posé la bonne question, fait la bonne remarque, avec les "bons" mots.
envoyez paître ceux qui ne savent pas écrire : c'est sûr qu'ils ne vous feront pas d'ombre
mais ils n'apprendrons ni à comprendre les mots, ni à les employer pour dire le monde
il n'est pas toujours facile d'être explicite quand on cherche comment dire que l'on n'a pas bien compris ce que l'on a lu et qui vous rappelle des souvenirs d'espoirs et de déceptions
mais bon, ça doit être une question de caractère aussi
maintenant la question de l'intime...
ben c'est justement sur ce truc là qu'on a envie de demander si on peut, ou pas, dire ou ne pas dire... parce qu'on a besoin de se répondre à travers et avec la réponse de l'autre
Bonne continuation
En tout honneté, je ne comprends strictement rien à votre prose si ce n'est que vous avez un rapport aux mots diablement complexe que vous êtes bien prompt à prêter aux autres... « Narcissime +, « orgueil +, « imbu de +... permettez-moi de penser que vos démons ne sont pas nécessairement ceux des autres et que le lien que vous entretenez avec votre propre ego n'est pas nécessairement celui que j'entends cultiver avec le mien...
Relisant pour la troisième fois votre commentaire, je comprends tout à coup qu'il est surtout truffé de lieux communs sur les blogs d'une rare banalité, de ces clichés qu'on vous sert comme s'il s'agissait de parole d'évangile... Donc plutôt que de vous ôter vos certitudes, qu'elles soient feintes ou non, je vous confirme que je suis un être totalement narcissique, que l'écriture est pour moi le seul moyen que j'ai trouvé pour donner à mon être un semblant de signifiance et qu'il se dit même qu'en réalité je suis un hamster chauve et chenu qui trompe son monde en sautillant sur un clavier...
Vous me pardonnerez l'ironie de ma réponse pour la mettre sur le compte de l'heure tardive et sur le fait que je refuse d'avoir à justifier ma démarche d'écrire publiquement. Que vous y voyez narcissime, nombrilisme ou manipulation ne concerne que vous même, moi je lis surtout dans vos deux commentaires vos propres frustrations mais cela, je vous le concède, n'est que pure conjecture.
Toujours touché par vos expressions tantôt sensibles au travers de vos billets, tantôt acides dans les commentaires. Continuez a éclater vos humeurs par les mots. Ca fait du bien de penser que l'on est encore, même si peu peuvent comprendre.
Chère Madame Tarquine,
cela fait quelques mois que je lis votre blog et admire beaucoup vos photos (comment ça, jalouse ? naaaaaannnn), et je trouve que votre réponse de 1H44 est une synthèse parfaite de vous. en quelques lignes, c'est vous, toute entière.
je ne sais pas écrire comme vous, je ne sais pas jouer avec les mots. du coup, vos petits billets sont mon petit plaisir du matin.
salutations amicales
Et même si l'accompagnement est au piano et non au hautbois ;-), juste envie de vous faire partager une chanson de Zazie sur l'écriture "Sur toi" dans la Zizanie. Merci pour Purcell l'autre jour, cela faisait bien longtemps.
Vous êtes entière, je vous admire et suis noyé sous le respect.
merci : j'ai eu l'impression de monter un escalier en lisant tout cela. (precision : j'aime les escaliers) Et puis cela me conforte dans pas mal de reponses que je viens de trouver à pas mal de mes questions.