Censure et vérité
On a beau se jurer du contraire, se savoir lu, change la
façon dont on traite ses sujets. La routine de
l'écriture, celle qu'on pratique depuis longtemps adoucit
quelque peu ce penchant mais il n'en demeure qu'en certaines
circonstances on a la pénible impression d'être
entre le marteau et l'enclume.
J'ai parfois tant mordillé ma plume que je l'en ai maltraitée,
tellement torturé mes mots que je les ai mutilés.
Jusqu'où peut-on aller dans sa soif de franchise, dans son
souci d'exactitude ? Que peut-on dire, que doit-on taire quand le
quotidien qu'on honnit parfois, se partage ? C'est bien joli de n'en
garder que les joies mais quelles valeurs ont-elles quand on les ampute
non seulement de leur doute mais également de leur laideur ?
J'ai sans doute préservé l'essentiel, celle de
n'avoir rien dévoilé de ce qui n'appartenait pas
qu'à moi seule. J'ai tu les doutes puis les certitudes et
bientôt les dégoûts. La
rançon en est aujourd'hui une joyeuse amertume, non pas
celle qui vous fait regretter les billets mesquins et vengeurs mais
celle qui vous a ouvert les yeux sur ce que l'on ne veut se voir
imposer à aucun prix et surtout pas celui de la
liberté d'être soi. Puis, en
définitive, on s'aperçoit qu'il suffit de peser
la souffrance ressentie à façonner ses silences
pour tenir en ses mains un précieux baromètre de
ce que l'on ne peut tolérer faire de sa vie. Écrire,
ce n'est pas seulement se donner à lire, c'est aussi
déterminer l'épicentre de ses aspirations et de
ses renoncements. Et la censure ouvre parfois les yeux... jusqu'au jour
où enfin on les jette en pâture ces mots
ravalés avant de se réjouir de s'en
défaire ainsi à tout jamais.
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 14/05/2006
Tréfonds et sentiments
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Commentaires
J'ai parcouru quelques écrits de ton blog et je lirai le reste pour rester sous le charme de ta plume tantôt légère, tantôt plombée. Alors un grand merci à toi !
Ma plus grande valeur, c'est la liberté. Je hais le principe de la censure. Pourtant, il m'arrive de m'auto-censurer (ce qui est déjà un choix), dans les cas suivants : - j'engage quelqu'un d'autre que moi - je sens que je ne suis pas encore suffisamment au clair avec moi-même sur le sujet
Par ailleurs, je revendique mes joies, mais aussi mes peurs, mes colères, "les doutes puis les certitudes" et je suis convaincue qu'un monde plus clair, qui dépasse ses "secrets" est un monde plus libre, plus juste et plus heureux.
Et j'aime qu'il y ait chez vous ce même besoin d'authenticité et de véritable justice. Merci pour tout.
Je m'auto-censure beaucoup encore. Sur papier et sur scène. J'espère un jour avoir assez d'audace pour tout oser.
Bonsoir, permettez-moi de vous appeler Madame. Je n'ai que 20 ans mais je suis arrivée par hasard sur ce blog et je dois dire qu'il m'a énormément touché; votre vie parfois si dramatique mais colorée par l'amour que vous portez à vos enfants... Même s'ils n'ont eu guère de chance de perdre leur papa, ils ont de la chance d'avoir à leur coté une mère si aimante! en tout cas bravo pour tout. les enfants, le courage...
Une amie bien inspiré m'a fait passer ce texte qui tombait comme une actualité face à mes doutes sur l'écriture et je ne peux que vous remercier de l'avoir écrit. Il m'a aidé à chasser quelques nuages incongrus...
Harry Steed