J'ai cru qu'à force de déverser de l'eau il s'agissait d'un coup de jus lorsque j'ai ressenti un violent piquotement de mes mains. Il ne s'agissait que des écorchures provoquées par l'oxydrine et la brosse à chiendent car dans ma rage, j'avais laissé mes gants. J'ai tout ôté. A cran et à force je l'ai fait tombé ce pan de mur. De colère noire qui vous inonde de volonté et de tenacité. Sans faillir, sans presque douter. Méchament, violement. A grand coup de hargne et de fièvre. Sans m'arrêter quand l'oxydrine a giclé dans mes yeux  et lorsque mes vêtement trempés me brûlaient. Ce n'est que lorsque j'ai réalisé qu'inonder une prise électrique ou se basculer de furie en haut d'une échelle n'était peut-être pas très approprié pour rester en vie que j'ai accepté de me calmer .
Et puis j'ai terminé. Et puis quand tout avait disparu, j'ai proprement remisé tous les draps dont j'avais recouvert le sol pour absorber les litres de lessive que j'y avais déversés. J'ai jeté les résidus d'enduit qui le jonchaient j'ai lavé le plancher.
J'ai rangé ma chambre, faisant disparaître toute trace de ma folie.
J'ai fermé les yeux dans un bain chaud.
Et puis j'ai enfin repensé à ce jour.
A cet après-midi quand Tarquinou s'est caché dans le grand magasin.
Et que je l'appelais, je le criais.
Que les instants sont devenus des heures et les craintes des certitudes.
Quand j'ai pensé au pire.
Que les deux grands terrorisés étaient muets.
Quand on se souvient que le pire survient parfois et que rien ni personne ne peut vous garantir qu'il n'est pas déjà là.
Une demi-heure.
Une demi-heure c'est long.
Je me suis aperçue que je me tordais de nouveau les poignets.
J'avais oublié que je me tordais les poignets lorsque le pire survient.
Tarquinet était blanc, silencieux et présent, comme toujours, pour m'aider et faire face.
Tout à coup une dame est venu me voir pour me dire qu'une petite fille l'avait trouvé.
J'ai courru comme j'avais oublié que je courrais si vite.
J'ai un peu bousculé une dame qui m'a lancé un regard noir.
Tarquinette était avec lui.
Il était sorti de sa cachette.
Je n'ai pas crié, je ne lui ai même pas mis une fessée.
Je me suis agenouillée, je l'ai pris dans mes bras et j'ai pleuré.
Pleurer sans pouvoir m'arrrêter.
Alors Tarquinet est venu se serrer contre  moi.
Et puis bientôt Tarquinette.
Des moments qu'on avait déjà vécus, des moments auxquels on pensait.
Des moments où on s'agrège.
Parce que parfois s'agréger est la seule façon de continuer à vivre.
Tarquinou penaud ne savait pas quoi dire pour être gentil, conscient qu'il avait outrepassé le supportable.
Alors il répétait en boucle à sa mère aux yeux rougis « Maman tu es belle, Maman tu es joulie »
J'ai vivement essuyé mes larmes parce nous étions l'épicentre de cette grande surface où chacun s'était mis à chercher le petit garçon de trois ans qui avait disparu.
Je n'ai pas tout à fait réussi à taire mes hocquets et chacun ne s'avait pas quoi dire pour me placer un mot gentil où une gracieuse banalité.
J'ai remercié d'un improbable sourire.
Les deux ainés sont restés preque silencieux.
Tarquinou est devenu calinou.
Et puis je suis redevenue maman.
Jusqu'à que la rage me prenne, m'emporte et me porte.
Ele n'a pas tout à fait disparaître la peur.
Elle ne me fait pas oublier que le pire est déjà survenu et qu'il peut survenir encore.
Mais elle m'a fait mal aux mains, mal aux bras, mal aux yeux, mal partout.
La colère est tombée, la fatigue peut me prendre.