Ligne numéro quatre
Rentrer à point d'heure car ceux qui ont la
moitié de mon âge et leur propre cheval de
bataille se sont mis en travers de mon train.
Traverser une gare déserte où les
lumières crues n'attirent plus l'œil sur des
clinquantes richesses mais sur des rideaux de fer rouillés et
des chochards transis.
Reprendre sa ligne de métro, celle qu'on a
arpenté quand on avait 20 ans, le soir, la nuit,
le matin, celle qu'on connaissait si bien que selon ma
destination, pour n'importe laquelle de ses stations et sans jamais me
tromper je ne levais les yeux de mon livre qu'une fois la rame
arrêtée.
Se souvenir que certains soirs de solitude je m'y jettais comme on
prend la fuite pour aller rejoindre une librairie à l'autre
bout de la ville qui m'offrirait de quoi tromper mon ennui.
Voir sa station à soi, celle des premiers amours, celle
où l'on rejoignait l'appartement de l'un de ses premiers
amants ; celle où plus tard et parfaitement fortuitement je
louais au pied d'elle un minuscule appartement.
Y passer ses années d'étude et puis aussi
l'année où l'on se décide à le
partager avec celui dont on sait qu'il est l'homme de sa vie.
Se souvenir des baisers qu'on échangeait sur le quai, des
rires qu'on y a partaé, des regards où se lisait
qu'on s'aimait.
Au terminus, songeuse et triste, la quitter à regret pour
attraper son bus.
Découvrir que les chevaux de bataille se partagent
à tout âge et que cet autobus ne partira point.
Alors maugréant d'avoir troqué ce
jour-là sa bicyclette pour un TGV, cheminer à
pied mélangeant ses larmes à la pluie qui n'en
finit plus de tomber.
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 07/03/2006
Chagrine Tarquine
Fil des commentaires de ce billet – Lien permanent de ce billet










Commentaires
salut, le mot ne peut pas exprimr ce que nous voulons dire mais ce qui est improtant de dire c'est bien
Devant mon écran (auteur) depuis 4 h ce matin, je vous découvre dans vos textes grâce à la radio "Europe1".Votre image m'a séduite et un défaut est né en moi : la curiosité !!! j'ai lu, j'ai vu.... je dois finir tellement c'est beau, et vous êtes belle par le biais de vos récits. Merci de m'avoir permis de vous découvrir, et c'est choette une belle découverte !!! je sens que ma journée sera plus douce. Respect à vous du pays celtique.
A vous lire, j'ai des images de Doisneau plein la tête !
Tiens, butant sur une simple faute de frappe, j'ai lu "des rires qu'on y a aparté". J'espère, en aparté, que c'est toujours, parfois, un peu (souvent ?) prochainement le cas ? Je t'embrasse.
Madame,
J’ai entendu ce matin sur Europe 1 votre histoire très émouvante et je voulais saluer votre courage et votre détermination, avez-vous le choix ? Sûrement. Jusque là rien de bien original dans ma démarche mais je trouve votre blog (dont j’ai pris connaissance) très intéressant.
Merci de nous donner un peu de courage dans ce monde qui se laisse aller au plus facile. Nos petites incursions dans votre vie donnent du baume au coeur et vos comptes-rendus sont absolument merveilleux !!!
Bon courage et à bientôt sur votre blog.
Stéfanie
Je me demande souvent pourquoi et comment les transports en commun sont lieux de tant de souvenirs et de sensations. Qu'on les maudit pourtant, tant ils sont remplis, en retard, en grève...
Et pourtant quel(le) parisien(ne) ou banlieusard(e) n'a pas dans les yeux un regard d'au revoir amoureux dans une ou des stations qui restent évocatrices, tant de temps après ?
oui le métro est mélé à nos vies, joies, peines et train train. Un détail : bravo de faire en vélo un trajet digne d'un TGV. Excusez moi ça m'a démangé
mélangeant ses larmes à la pluie qui n'en finit plus de tomber.
ça, c'est une belle phrase
(Mina qui arrive ici par le biais de Ron)
Très émouvante cette note, merci d'avoir su poser des mots si justes sur ce que beaucoup ressentent !
Votre blog est beau et émouvant mais une tristesse très profonde s'en dégage. L'un de vos enfants ressemble à l'un des miens. Je ne peux pas m'empêcher d'avoir envie de vous écrire de faire attention à vos enfants. Comment peuvent-ils vivre à côté d'une telle montagne de tristesse? Je ne veux pas être abrupte mais je suis convaincue que le bonheur est un choix. En vous lisant je trouve que vous avez fait le choix du malheur (ou vous vous laissez dériver vers lui). Pourtant une grande force et un grand rayonnement se dégage de ce que vous écrivez. Comment pourriez-vous inverser la tendance? Utiliser votre force pour aller vers la lumière et non l'obscurité?
Il me semble que vous ne vous aimez pas beaucoup. Pourtant, votre blog montre bien que vous avez une personnalité complexe, riche, fascinante. J'arrête la psychologie de bazar, je n'en suis pas spécialiste.
Pour faire simple : vu votre talent, vous devez vous battre contre votre tristesse, parce que vous méritez d'être heureuse et de passer des jours lumineux et gais avec vos enfants. Théophano
Oui, arrêtez la psychologie de bazar, de résumer ce que j'écris à une ou deux catégories ainsi que de réduire les individus à la sommes de quelques billets... — VT