Patins et gadin
Lorsque j'ai quitté ma banlieue familiale pour devenir
étudiante et parisienne, je n'ai jamais dormi sur
autre chose qu'un vieux matelas posé sur le plancher de ce
que j'appellerais maintenant un galetas mais qui était
à mes yeux fastueux.
Je me souviens encore du tressaut de ce ressort contre lequel je calais
une hanche avant de sombrer corps et biens dans un sommeil dont la
profondeur le disputait à son impérieuse
hospitalité.
Et puis Tarquin est rentré dans ma vie et si je rejoignais
toujours aussi brusquement Morphée, l'appartement,
confronté au volume de mon promis, de minuscule
était devenu lilliputien !
Pour contenir nos effets étranglés, une estrade,
conçue et bidouillée en un week-end,
fût donc glissée sous mon ressort favori.
C'est ainsi que lorsque feu celui qui n'était pas encore mon
époux, m'appela le lundi suivant pour me tirer d'un sommeil
aussi gluant qu'entêté, il entendit
(après la chute du téléphone sur le
plancher) au lieu de la voix chaude et enjouée de sa douce,
un guttural « grummph » à
moitié articulé et entièrement
sonné !
Comme tous les matins où mon galant me
téléphonait afin de parvenir à me faire quitter
mon lit, j'avais couru pour décrocher le combiné
depuis ma couche, en oubliant parfaitement que celle-ci
était dorénavant
surélevée...
Une bosse de 2 centimètres de haut, une mâchoire
en purée, une quinzaine d'ecchymoses et des
éraflures dignes d'une suppliciée
étaient venues couronner mon exploit : 2 mètres
linéaires au dessus d’un
vénérable plancher de chêne, le plus
long bond de mon existence !

C'est l'anecdote dont je me souvenais ce matin lorsque appuyant
vigoureusement sur les poignets de frein de ma bicyclette, je manquais
de passer cul par dessus tête !
C’est qu’après 18 mois de freinage aussi
indigents que périlleux (et après avoir
risqué par deux fois ma vie vendredi soir) je me suis enfin
avisée de changer — et de régler
— mes patins de freins.
Si, bien que saisie par le brusque arrêt de mon engin, je
suis parvenue à maintenir mon séant sur sa selle,
je dois vous avouer que me rappeler la mésaventure ci-dessus
m'a tant diverti que j'ai bien dû oublier de freiner devant
un feu ou deux !
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 28/11/2005
Ma bicyclette
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Commentaires
Pratiquer la bicyclette a Paris est déjà un art bien périlleux mais si, en plus, vous n'avez pas de bons freins, alors là ça devient carrément casse cou !
Tchô
[...] Merci de ne pas faire de publicité céans... VT
D'où l'expression au saut du lit :-) Ça me rappelle la fois ou j'avais changé mon matelas d'endroit dans la chambre. Ce n'est probablement pas mon promis qui m'appelait. A vrai dire je n'ai jamais su qui avait tenté de me joindre. Parce que si j'ai jailli de mon lit comme le diable de sa boite, ce fut pour me payer le mur à tout l'allure. le temps que je comprenne ce qui m'arrivait et que j'arrive à décroicher le combiné, mon potentiel correspondant avait raccroché… Mais j'ai bien fait rire les copains et les sœurs avec cette histoire :-)
J'ai dormis dans des lits superposés, puis dans des mezzanines, mais je n'en suis jamais tombé. Une sort d'instinct de survie ?
J'ai un genou qui me rappelle de temps en temps un coup de frein intenpestif sur mon scooter un jour ou celui-ci venait de se faire rechausser par mon garagiste...
Heureusement, je suis passablement plus lourd que lorsque je dormais sur un matelas par terre. Aucun frein aussi bien ajusté qu'il soit ne réussirait à faire passer ma masse par dessus les guidons. Même si F=ma
Dis donc, mais qu'est ce que je lis, tu as encore risquée ta vie !!! Nan mais oh il va bientôt falloir t'imposer une limitation de vitesse à vélo. Tu files comme une flèche.
En revanche, je sais c'est mal, mais j'ai bien rigolé en imaginant la scène de descente de lit.
ne t'abime pas... nous avons besoin de toi le 19 au soir, et le 20 c'est les vacances...
Akynou: Oui, je me souviens de cette histoire et j'ai rie encore en te lisant! Tarquine: Tombé du ciel, à travers les nuages, quel heureux présage... Belle chanson d'Higelin... J'y ai pensé en te lisant... Sourires et bises.
Y a un détail que je n'arrive pas à comprendre. Tu es passée d'un matelas par terre à un matelas à 2m de haut ? Tu as chuté de quelle hauteur exactement ?
Non l'estrade ne faisait qu'une trentaine de centimètres de haut (heureusement !) mais comme j'avais l'habitude de cavaler en prenant mon impulsion sur mon lit et non sur le plancher je me suis retrouvée la tête écrasée sur le plancher deux mètres plus loin... Je n'avais jamais sauté aussi loin...
Attention quand même, j'ai laissé deux dents dans le sol suite à un freinage un peu trop appuyé à vélo. Croyez-moi, je m'en serais bien passé.
Bon, c'était à cause d'un vélo emprunté qui était torpédo, contrairement au mien, et j'ai freiné fort avec ce que je pensais être le frein arrière... mais était en fait l'avant. Et diablement efficace.