Un, deux trois. Ils sont si près de moi que je peux les compter mes fantômes.

Issus de mes souvenirs, je me convaincs qu'ils m'aiment ; et leur réalité ne viendra pas me contredire... Souvenirs que l'on fait et défait pour mieux se les approprier, les façonner à sa mesure.

On s'aménage son passé comme un placard bien agencé où l'on vient piocher selon chaque situation le sparadrap ou le remède qui mettra du baume à l'âme.

C'est tellement plus facile quand c'est irréel.

Sauf que lorsque l'on se frotte à la vie c'est autrement différent. Chacun son histoire, chacun ses plaies, chacun ses mots. Et tout cela se télescope à l'aveuglette. C'est la loi du genre, celle où l'on est bien obligé de tendre les mains pour connaître les limites.

Et puis parfois les souvenirs s'en mêlent, ils cessent de rester sagement dans leur boîte où l'on croyait les avoir proprement remisés. Alors ils s'élancent, se serrent contre vous, vous étreignent et deviennent embûches.

Le soleil brillait, les enfants chantaient et je conduisais quand je me suis souvenue de l'éclat de son ventre sur son lit d'hôpital, sa blancheur, sa douceur, sa rondeur. Juste un petit morceau de peau qui m'a clouée là. Alors Tarquinette m'a demandé, une fois encore, « Maman, tu pleures pour Papa ? ». J'ai, une fois encore, répondu « oui ».