Dimanche, je crois que je ne dirai rien. Dimanche, je tairai la longueur des deux années écoulées. Certains anniversaires ne s'évoquent qu'en silence, parce que les mots sont trop brutaux, trop douloureux et aussi trop vains. Dimanche, j'espère qu'il fera beau et que la vie me tiendra loin des rives lancinantes de certains souvenirs.

Certains cris ne s'entendent qu'en silence et les vibrations de quelques uns vous poursuivent toute une vie. Curieusement les miens ne sont pas ceux dont j'ai conservé un souvenir précis - si tant est qu'ils aient existé. Moi, je me souviens d'avoir été muette. Trop abrutie pour faire du bruit. Juste assommée - estomaquée comme si ma vie aussi s'était arrêtée. Pétrifiée, voilà ce que j'étais.

Et quand j'ai répété haut et fort les mots définitifs que l'on venait de m'annoncer, les cris des autres m'ont terrifiés.

Alors je suis partie. Je suis allée me cacher sous la table à langer de mon tout petit. Je me suis faufilée,  recroquevillée, rouler en boule et j'ai attendu de mourir aussi, parce que je ne savais plus vivre. J'étais minuscule, invisible, je n'existais plus. Mais l'on m'a cherché, et si l'on ne m'a pas trouvé, l'on m'a appelée, l'on m'a criée. Alors sans bruit, je suis sortie, j'ai réapparu, j'ai fait semblant de comprendre leurs cris quand seul un immense et définitif silence m'engloutissait.

Un dernier face à face et tout s'est tu à tout jamais. Tout s'est terminé dans le silence des respirateurs et des larmes qui s'écrasaient sur lui.

Et puis le pire, le plus difficile, le plus indicible. Aller chercher les enfants à l'école, leur sourire, les accueillir, faire le chemin, l'air de rien, sans leur dire, pas  là, pas comme ça.

Et puis s'asseoir, les prendre contre soi, tout prêt. Et parler. Et puis les écouter et penser mourir en entendant résonner ces cris où se mêlent douleur et terreur et qui jamais ne devraient jaillir de la bouche des enfants.

Dimanche, j'essayerai de ne pas penser à ces sons là, ces cris dont je me souviens si précisément.