671

Hier j'étais tellement fatiguée que j'ai planté-là le billet que je rédigeais.

Je le trouvais trop triste — trop "miserabilis"
Comme si j'allongeais impudiquement ce qui n'est que quelques minutes dans les mille quatre cent quarante que compte une journée.
Alors j'ai fermé Toshop, j'ai laissé hors ligne ces quelques lignes et je suis partie raconter ma peine à Morphée.
Je lui ai dit à peu près ceci :

Six cent soixante et onze.
C'est le nombre de jours successifs où j'ai pleuré.
Aujourd'hui compris.
Je ne m'en rends même plus compte.
J'ai réalisé ce soir que cela faisait 671 jours.
Le premier jour c'était pour apprendre que maman était condamnée.
Le second jour pour apprendre que Tarquin l'était peut-être.
Au 23ème jour, on m'annonçait la mort du second.
Au 44ème, celle de la première.

671, en l'écrivant cela me semble interminable. Pourtant ce n'est plus aujourd'hui que quelques larmes par jour.
Une ou deux, parfois plus. Souvent plus.
Mais jamais autant que celles que j'ai déversées.
Dans le métro, dans mon lit, sur mon vélo. Un véritable océan.

Adoncques, je ne l'ai pas publié.
Et aujourd'hui, je me suis dit qu'il ne serait pas perdu.
Non, j'allais au contraire le titrer ainsi :
671 jours moins un.
Et qu'aujourd'hui ces quelques molécules d'H2O ne fugueront pas ; qu'elles seraient certainement bien plus faciles à contenir que d'ôter l'anneau que je cherche toujours non pas à agacer sur sa chaîne mais à faire rouler sur mon doigt.

Et puis le téléphone a sonné.

Une voix connue, des années en arrière, nos premières années, ses copains d'alors qui sont devenus les miens, les couples qui s'installent, les déménagements qu'on partage, nos premiers enfants, nos premiers mariages.  C'était le temps où l'on était radieux, le temps où l'on savait que rien ne serait plus jamais comme avant. Celui où la vie prend un grand tournant, celui où le bonheur vous aspire et où l'on s'en amuse tant.

Ce sera « 671 jours plus un »
Je sais dorénavant que certaines solitudes sont plus douces que certains souvenirs.
Ce sera « 671 jours plus quelques uns  » parce que je préfère pleurer que de renoncer à ces souvenirs là.