Papiers fleuris et feuillets jaunis
Exaspérée par les souris qui laissent leurs traces dans la demeure, je suis partie chercher du blé rouge dans la chambre extérieure, celle où il y a un vieux piano, mes vieilles voiles de planches à voile, deux machines à coudre à pédale, un hamac et les meubles de ma Grand-Mère.
Dans une armoire d'un autre âge, celui où l'on sculptait des grappes de fruit et des gerbes de fleurs sur les portes des meubles noirs, j'ai mis la main sur une vie de souvenirs, sur les souvenirs d'une vie. A côté de la convocation au brevet élémentaire de mon papa, du livret de famille de mes arrières ou arrière-arrères grand parents (Edouard Octave Narcisse, né le 18 décembre 1860 à épousé le 21 avril 1890 Angeline, Valentine, Francine née le 30 décembre 1865) il y avait des vieux journaux (avec les résultats des oeuvres cyclistes de mon auteur), des vieux faire-parts, des dessins d'enfant et de petits-enfants, des photos jaunies et des lettres, des centaines de lettres, certaines de moi, celles où j'écrivais à ma Mémé, mais surtout écrites de parfaits inconnus.
Des lettres d'un autre temps, qui nous rappellent les cours d'histoires, les films en noir et blanc et les auteurs tragiques.
Des lettres dont on aimerait avoir celles qui lui ont succédée, pour savoir la fin de l'histoire :
Le 14 novembre 1945.
Ma Bien chère Jeanne,
Je ne sais si cette lettre-ci te parviendra, en tout cas, je veux essayer d'avoir de tes nouvelles. Je suis anxieuse d'apprendre comment vous avez survécu cette guerre. Bien des fois je me suis demandée bien des questions à ce sujet là.
Comment est ton mari s'il était soldat et Jacques maintenant doit être un petit homme, et comment Hélène et son mari, et tes frères sont-ils bien. Donne moi des nouvelles à tous. Ici il y a bien du changement depuis ma dernière lettre, mes deux filles sont mariées maintenant . L'ainée s'est mariée l'année dernière avant le départ de son mari pour l'Angleterre, il était aviateur sur une forteresse, il a eu bien des mauvais moments mais est de retour à la maison sans une égratignure, après les missions qu'il a fait c'est un miracle, il a reçu la "flying cross" la distinguish cross et une citation par le président. Nous sommes fière de lui. Cette été quand ce soldat qui est maintenant son mari est retourné après 4 ans au Pacifique est venu nous voir (lui et Marion sont allez à l'école depuis le premier jour jusqu'à l'examen pour le brevet ensemble) ce sont décidé de se marié, le mariage à eu lieu Samedi dernier. Les jeunes mariés sont à New-York pour une semaine pour leur lune de miel.
Ma plus jeune n'a pas été si chanceuse, son fiancé, un aviateur lui aussi, en Chine, il était bombardier membre du " flying tigers " sous la commande de Claire Chermault il est parmi les disparus depuis le 20 may 1944. Nous n'avons pas beaucoup d'espoir pour son retour.
Ma pauvre mère a été arrêté par les allemands en Novembre 1943, et envoyé en Allemagne, nous ne savons pas où elle est, nous avons appris qu'en Février dernier elle était encore vivante parce que ce mois là les Allemands l'ont changé de camps, du camps Ravensbruck près de Weimar où elle était ils l'ont envoyé dans un camps de jeunessenous ne savons pas où. Mon beau-père a fait un appel par radio et tout ce que nous avons pu apprendre c'est qu'en que en Russie en ce moment il y a deux dames qui répondent au nom de Bertrand et nous vivons dans l'espoir que l'une d'elle est maman.
Ma pauvre Jeanne tout ça est bien triste, je ne pense pas t'apprendre rien à ce sujet là toi même peut-être a du souffrir à la main des Allemands, si pas toi, peut-être quelqu'un de ta famille.
Si tu reçois cette lettre écris-moi bien vite pour me donner des nouvelles à tous.
Ton amie,
Marcelle.
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 10/04/2005
De bric en vrac
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Commentaires
Certaines inventions de l'éspèce humaine ne lui font pas honneur. La guerre en fait partie...
Des lettres dans ce genre, il m'est arrivé d'en retrouver quelques-unes aussi.
Malheureusement, pas d'inconnus, et malheureusement, l'histoire avait donné la fin du récit.
Mais quels inestimables trésors, quoi qu'il en soit.
Nos enfants et petits enfants auront-ils cette émotion de retrouver la trace de nos écrits ? Les blogs, les mails semblent si fugaces.
Leurs mots et les fautes d'orthographe, que tu as si joliment retranscrites, nous parlent d'eux comme une photo nous montrerait leurs traits, car elles expriment ce qu'ils ont de tout particulier, de bien à eux. Merci !
Cette lettre devrai être à l'étude dans les écoles (comme bien d'autres d'ailleurs), pour montrer ce qu'est la folie des hommes, et de la lutte qu'il faut continuellement menée pour la tenir en échec. Merci
Ne pourriez-vous pas scanner cette lettre? C'est encore plus emouvant de voir sur quel type de papier elle a ete ecrite, a la plume ou au crayon...
J'ai la chance d'avoir encore mes grands-parents en vie et plus que tout autre chose c'est de cette période qu'ils se rappellent et qu'ils me parlent. Deux autres membres de ma famille sont des rescapés du camp de Varsovie et l'un d'Auschwitz. Il ne nous en a jamais parlé. Il a écrit un livre, uniquement pour la famille, il y a quelques années. Il voulait que ses petits enfants sachent véritablement ce qu'il avait vécu, sans en rajouter. Nous nous sommes passés le livre, en douce, car il était trop pudique pour en parler. Nous l'avons tous lu, nous avons tous beaucoup pleuré, et lorsque nous l'avons vu nous l'avons embrassé. Car lorsque l'on connaît cet homme, ce qu'il a vécu, ce qui nous est apparu extraordinaire c'est qu'il a eu une vie pleine d'humanité, qu'il s'agit d'un homme d'une merveilleuse bienveillance, et que ça aucun hitler, ni aucune torture n'a pu lui enlever.
Merci de partager avec nous cette source d'émotions.
Quel trésor ! Cette lettre bien sur mais aussi les livrets de familles les convocations au brevet, ... Quel trésor ! Je n'ai rien de cet ordre sur ma famille et je ne sais d'eux si peut de choses.... C'est émouvant...
Julie > c'est peut-être aussi ce genre d'épreuve qui forge la "merveilleuse bienveillance" dont vous parlez. Parce que, justement, ce jeune homme (à l'époque) ne voulait pas perdre ce qui faisait de lui un humain.
V. T. > je pousse aussi pour une numérisation de cette belle lettre, témoin de folie et d'humanité à la fois. J'aimerai que mon fils (8 ans) puisse voir, de ses yeux, que de "vrais" gens ont vécu et souffert de la guerre et en ont témoigné.
Amitiés à vous-même et vos lecteurs
oui, l'histoire, par le petit bout de la lorgnette. MAis quel petit bout !
Quand mes Grands-parents nous ont laissés... nous avons retrouvé les lettres qu'il avait adressées à cette jeune fille qui allait devenir sa femme.
Elles dataient de 1941. Il habitaient deux villages voisins en Bourgogne. Il venait la retrouver en vélo. Le ton désuet tranche tellement avec les adultes un peu bourrus que nous avons connus qu'il a été long pour moi de croire qu'il s'agissait bien des mêmes personnes.
A la mort de mon grand-père, ma grand-mère a jeté énormément de souvenirs. Elle a brûlé toutes les lettres. Toutes ... sauf celles-ci que nous avons retrouvées dans le buffet de la cuisine. Comme un ultime message d'amour transmis aux nouvelles générations.
Amitiés à toute votre tribu, Tarquine !