Où Laon voit l'ost

Bertrade, dite Berthe au grand pied épouse de Pepin III le bref et mère de Charlemagne y est née. Moi, plus modestement, j'allais souvent me perdre dans ses ruelles, d'abord avec mes parents puis avec Tarquin.
J'aimais y chercher les animaux invraisemblables juchés sur les pentes vertigineuses de sa cathédrale, bœuf ou guépard, agnelet ou dragon, tous devenus à cette altitude des chimères éternelles. J'aimais déambuler sur ses pavés grossiers et luisants de pluie, souvent près de mon père, parfois en goguette avec ma mère et plus tard dans la main de Tarquin.
Moi qui collectionne les souvenirs autant que les vieilleries, je ne pouvais pas ne pas y emmener les tarquinets ! Alors tous les quatre, sous une fine pluie axonaise nous avons investi la cité, nous l'avons transpercée de part en part, sautant sur ses pavés et courant sur ses remparts.
Grands amateurs de cathédrale, celle-là les a enchantés ! Il faut dire qu'être accueillis par un hippopotame et un rhinocéros a été pour le moins apprécié ! Ils y auraient bien passé la journée, cherchant les tombes de chevaliers (qui sont légion au milieu des dalles), admirant les statues de « reine dont le bébé s'est tué » et surtout allumant leur « bougie en pensant à Papa et aussi à Mamou et même à Papou mais je m'en souviens pas ! »
Une fois la bruine retrouvée, je les emmenés là où l'horizon est formidablement loin et je leur ai raconté à quoi servaient ces remparts et pourquoi cette ville dominait le nord et le sud, l'est et l'ouest. Je leur ai conté le temps des guerres, des catapultes et des hallebardes, le temps de la féodalité.
Et je leur ai dit que là où nous étions nous pouvions presque voir ces seigneurs et leur ost immense et bigarrée s'avancer dans le lointain, de là où nous étions nous les attendions d'un moment à l'autre !
En tout cas c'est que mon père me disait et je crois qu'il avait raison. Je ne vais jamais là-haut sans saluer cette armée, c'est ma façon à moi, sans cierge ni prière, de penser à mes morts.
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 28/03/2005
Déambulations
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Commentaires
beaux souvenirs, belle passation... Les tarquints à leur tout, plus tard, raconteront tout ceci à leurs enfants
ah oui, c'est plein d'émotions Laon. Et puis il y a le souvenir de 14.....
Votre post m'a replongé dans mon enfance quand je lisais "Contes et légendes du Moyen-Age" (pour les 11-12 ans). Cet ouvrage comprend notament une histoire sur Berthe aux grands pieds et une autre sur ses parents "Floire et Blancheflor". On y retrouve également "La chanson de Roland" ou encore "Ysengrin"... Des histoires certainement désuètes de nos jours mais en tout cas elles m'ont marquée...
J'aime bien cette façon...de penser et de perpétuer...
Etes-vous inconsciente ou quoi ? emmener des enfants passer un week-end à Laon ! Leurs copains-copines de classe ne savent même pas où cela se situe ! peut-être même pas leurs instits ;-))
Bref (disait Pépin) ils ont bien de la chance ces enfants : ils auront une fois de plus une aventure intéressante à raconter à la récréation ...
Réjane ne croit pas si bien dire : j'ignore totalement où peut se situer la ville de Laon (j'en déduis que c'est au-dessus de la Loire, frontière au-delà de laquelle je ne m'aventure que parcimonieusement... à juste titre, vous confirmez que c'est plein de guerriers et qu'il y pleut des hallebardes)
Bon, cette fois, je sors ma carte de France...
Le chrétien fondamentaliste (mes adversaires disent intégriste) que je suis vous le confirme ce que vous qualifiez "d'animaux invraisemblables" constitue en réalité les multiples représentations du démon qui est partout dans le monde sauf...à l'intérieur de la Cathédrale. Ladite cathédrale, pas contrairement aux édifices modernes, n'est pas destinées à être vue de l'extérieur (d'où cet inesthétique amas d'arcs boutants) contrairement aux édifices religieux et laics modernes mais de l'intérieur...
DÝaucuns pensent quÝils en sortent. Affaire de conviction....
He he he :) Wendy m'ote les mots de la bouche :) Je note que la cathédrale présente quand même toute une floppée d'animaux parfaitement pacifiques (outre les boeufs paisibles et dociles, les agneaux sur lesquels se dressent les saints) où je vois mal où se cacherait le démon...
Zvzedo, oui, le chemin des dames est aux portes de Laon mais comme celui-ci passe également à quelques pas de la demeure, c'est plutôt devant les nombreux cimetières militaires que nous évoquons la grande Guerre (il faut d'ailleurs souligner que Laon, contrairement à Soissons sa voisine en porte moins les blessures).
Vous vous souvenez des « Tout l'univers + ? je lisais la collection de mon frère et ma soeur aînés, les dessins des catapultes et de l'assault de Carcassonne ont façonné mon imagination... la preuve en est aujourd'hui encore :)
Et Samantdi, vous avez bien raison : Laon c'est une vraie cité d'Oil ! avec des frimas, des pluies mais aussi des cieux bleus comme ils peuvent l'être dans les terres situées loin de la mer, Laon on y va avec une cape de pluie et on revient avec un coup de soleil, ou en espadrilles que l'on ramène trempées...
Il y a un livre remarquable sur le sujet, il a été écrit par le fils de Robert Lamoureux, qui était, si je me souviens bien prof à la fac de Nantes et qui traite de la construction des cathédrales, des symboles, et de ce quÝils peuvent vouloir dire, tout cela vu dans le contexte du compagnonnage. Mais ma vieille mémoire est en train de sÝéteindre et je ne me souviens même plus du nom de lÝauteur, qui ne sÝappelle pas Lamoureux, bien sùr, puisque cÝest un pseudonyme.
Il y a les "Piliers de la Terre" de Ken Follett (mais ce n'est pas le fils de Robert Lamoureux) :)
Quelles que soient les convictions - qui sont subjectives - il est très difficile à un homme moderne de comprendre une cathédrale. Comment se mettre à la place de gens pour qui la vie terrestre (souvent très brève) n'avait qu'une importance très relative et pour qui l'essentiel était de "faire leur Salut" (j'aime bien cette expression employée jusqu'à la fin du XIXème siècle ). Je me souviens avoir visité avec ma femme une petite église baroque dans la vallée de la Tarentaise. Toute la communauté villageoise avait vendu une montagne (prés communaux ) pour financer la construction de l'autel...Aliéner un bien terrestre (collectif d'ailleurs) en contrepartie du Ciel...Et pourtant le Moyen Age des Cathédrales était déjà loin... Il y a tant à dire sur les cathédrales gothiques, par exemple qu'elles étaient peintes, polychromes et que, comme un organisme vivant qui se renouvelle, peu de pierres sont d'origine. Les pierres remplacées étaient jetées dans des dépôts lapidaires largement pillés par les antiquaires jusqu'à une époque très récente... Je dois être passéiste finalement. C'est un vice un peu égoiste préférer les neiges d'antan qui sont belles parce que les "troupeaux de bovins poseront plus sur elles leurs gros sabots".
J'ai été séduite par la ville de Laon tant pour ses trésors historiques que pour l'athmosphère "hors du temps" qui y règne. J'espère bien y retourner très prochainement
La veuve Tarquin a raison, la ville vaut le voyage : n'hésitez pas à venir à Laon, il n'y pleut pas plus qu'ailleurs. Il y a quelques trains en provenance de Paris et ils offrent de beaux points de vue sur les tours de la cathédrale avant d'atteindre la gare laonoise. Mais, à la gare du Nord, quand vous achèterez votre billet, précisez bien que vous allez dans l'Aisne ou, tout au moins, à Laon, L.A.O.N., sinon on vous établira un billet pour Lens et, si d'aventure, un contrôleur se présente dans le train, il vous cherchera noise.
AUTOMNE A LAON
Automne humide et froid. Les tours de Notre-Dame
ont mis leur cache-nez de brouillard en lambeaux
que déchirent, parfois, les appels des corbeaux
et qui mouille les boeufs et attriste leur âme
La plaine qui, naguère, était si lumineuse
a pris des tons éteints qu'éteint encor' le voile
de l'humide brouillard. L'araignée sur sa toile
compte les gouttes d'eau. L'atmosphère est frileuse.
Des migrands, attardés, on voit passer le vol.
Pendant quelques instants, là-bas, dans la forêt,
les arbres ont passé leurs vêtements dorés.
Las ! le vent a soufflé : l'or pourrit sur le sol.
Ah ! que vienne l'hiver et ses ciels nets et purs,
sa bise qui balaie les miasmes de l'automne,
ses accès de clarté, soudains, qui nous étonnent ...
l'hiver et ses ciels bas entrecoupés d'azur.
(novembre 92)
Salaberge : pareille mésaventure ne saurait arriver aux voyageurs en provenance du Sud-Ouest, où Lens se prononce Lance et Laon Lahon (mais pour être bien fanche, on ne prononce pas ces noms-là tous les jours !)