Bertrade, dite Berthe au grand pied épouse de Pepin III le bref et mère de Charlemagne y est née. Moi, plus modestement, j'allais souvent me perdre dans ses ruelles, d'abord avec mes parents puis avec Tarquin.

J'aimais y chercher les animaux invraisemblables juchés sur les pentes vertigineuses de sa cathédrale, bœuf ou guépard, agnelet ou dragon, tous devenus à cette altitude des chimères éternelles. J'aimais déambuler sur ses pavés grossiers et luisants de pluie, souvent près de mon père, parfois en goguette avec ma mère et plus tard dans la main de Tarquin.

Moi qui collectionne les souvenirs autant que les vieilleries, je ne pouvais pas ne pas y emmener les tarquinets ! Alors tous les quatre, sous une fine pluie axonaise nous avons investi la cité, nous l'avons transpercée de part en part, sautant sur ses pavés et courant sur ses remparts.

Grands amateurs de cathédrale, celle-là les a enchantés ! Il faut dire qu'être accueillis par un hippopotame et un rhinocéros a été pour le moins apprécié ! Ils y auraient bien passé la journée, cherchant les tombes de chevaliers (qui sont légion au milieu des dalles), admirant les statues de « reine dont le bébé s'est tué » et surtout allumant leur « bougie en pensant à Papa et aussi à Mamou et même à Papou mais je m'en souviens pas ! »

Une fois la bruine retrouvée, je les emmenés là où l'horizon est formidablement loin et je leur ai raconté à quoi servaient ces remparts et pourquoi cette ville dominait le nord et le sud, l'est et l'ouest. Je leur ai conté le temps des guerres, des catapultes et des hallebardes, le temps de la féodalité.

Et je leur ai dit que là où nous étions nous pouvions presque voir ces seigneurs et leur ost immense et bigarrée s'avancer dans le lointain, de là où nous étions nous les attendions d'un moment à l'autre !

En tout cas c'est que mon père me disait et je crois qu'il avait raison. Je ne vais jamais là-haut sans saluer cette armée, c'est ma façon à moi, sans cierge ni prière, de penser à mes morts.