un vélo

Grâce à Melfrid, cyclo-combattant urbain, je découvre stupéfaite l'allocution radiophonique de Madame Isabelle Monrozier :

« On dit souvent que les cyclistes en ville ne se sentent pas en sécurité, eh bien figurez-vous, moi aussi, au volant de ma voiture je ne me sens pas en sécurité quand je roule en présence de cyclistes, et je me demande pourquoi, finalement, on ne leur fait pas passer un permis. Je croise tous les jours un cycliste qui ne respecte pas le feu rouge du grand carrefour de la Maison de la radio. Le code de la route stipule que les automobilistes doivent laisser une distance de sécurité lorsqu'ils dépassent un cycliste. Mais les cyclistes, eux, ont-ils un règlement quand ils se faufilent entre les voitures? »



Utiliser les ondes pour diffuser les mesquines récriminations que l'on confie habituellement à sa shampouineuse me dépasse un peu mais dorénavant plus rien ne m'étonne dans le paysage audiovisuel français...

En revanche, j'aimerai assez que cette journaliste enfourche sa bicyclette un après-midi dans Paris afin de vérifier in situ le bien fondé de ses glapissements.

Elle pourrait ainsi s'apercevoir que le code de la route en général et les règles de circulation routière en particulier ont été érigées en seule considération des véhicules à moteur et que les plans de circulation parisiens sont parfaitement inadaptés aux vélos.

C'est ainsi qu'il est, en l'état, concrétement impossible d'exiger des cyclistes qu'ils respectent à la lettre les trois quarts des normes dites impératives.

Tout parisien un tant soit peu attentif a d'ailleurs constaté que les policiers qui patrouillent à vélo ne se comportent pas non plus comme cette éminente chroniqueuse semble l'exiger, ce qui démontre la minutieuse observation qui a présidé à la rédaction de sa chronique...

Pire encore, les automobilistes ne se souviennent des règles applicables aux cyclistes qu'à l'occasion d'un feu rouge allégrement franchi mais ignore superbement toutes celles dont les premiers sont censés profiter !

Isabelle Monrozier apprendra ainsi qu'un vélo n'a jamais la priorité, quand bien même il viendrait de la droite, que les pistes cyclables sont des bandes d'arrêt-minute pour automobilistes pressés, que les "sas vélo" ne servent qu'à décorer le macadam de petits vélos blancs sans que l'on puisse exiger des automobilistes qu'ils en respectent la signification.

Je rajoute que dans nombre de carrefour la meilleure façon de rester en vie est d'anticiper le feu vert et de passer avant de se retrouver coincé dans le flux automobile et que si vous avez le tort d'aller tout droit quand la voiture qui vous double tourne à droite, priez pour ne pas être enrouée : un hurlement sonore est la seule façon de conserver votre trajectoire... Que voulez-vous les automobilistes sont du genre primaire....

Et enfin, le plus drôle, je suis bien persuadée qu'Isabelle Monrozier fera la queue pendant des heures derrière d'oblongues files de bagnoles et respirant consciencieusement les émanations de leurs pots d'échappements !

Il convient d'ailleurs de souligner que la plus grande partie des automobilistes est composée de gens d'une autre trempe que celle d'Isabelle Monrozier et la plupart d'entre eux, moins bornés que cette journaliste, déportent leur véhicule dans les files afin de laisser circuler les vélos sur le côté de la chaussée.

Enfin, je puis me permettre un conseil, Madame la journaliste, plutôt que que de clamer votre appartenance au troupeau de frustrés qui enragent de voir un vélo "griller un feu", essayer donc d'imaginer ce que serait la circulation dans Paris si 10%, seulement 10 % des automobilistes prenaient leur vélo.

Je ne suis pas certaine que les 90% restants ne seraient pas gagnants !