Pierre Carion dont je ne sais plus si j'aime tant son blog pour son formidable talent ou si je le déteste encore plus parce qu'il affiche sans aucun complexe le compte à rebours de sa fin, m'a tendu le témoin d'un questionnaire sur les livres.

Je ne suis pas très fana des questionnaires mais sur les bouquins je réponds !

J'ai une véritable adoration pour les livres et une relation un peu spéciale avec eux : je lis un livre comme on mange un gâteau. Je n'ai jamais perçu la lecture autrement que comme un vecteur de plaisir. Si j'aime je dévore, si j'aime pas, je laisse.

Je ne lis pas un bouquin qui m'ennuie. Je patiente un peu parce que l'expérience m'a montré qu'il faut laisser le temps à l'auteur de rentrer lui aussi dans son bouquin (souvenez-vous des 80 premières pages de la Chartreuse de Parme... c'est à mourir d'ennui, et pourtant la suite est fabuleuse !).

Bref, sauf antipathie soudaine et insurmontable je donne donc à l'auteur 80 pages pour m'engouer (ce chiffre de 80 étant un véritable hommage à Fabrice Del Dongo).

Et moi ce que j'aime ce sont les histoires ! Les vrais, les passionnantes, qui vous nouent les tripes, vous font rire ou pleurer, vous mettent en colère ou vous transportent de joie. Peu me chaut de me cultiver, de lire des trucs sérieux ou le dernier livre à la mode que tout le monde se doit d'avoir lu. Moi ce que je veux c'est aimer... rien d'autre !

En réalité, je n'ai jamais été autre chose qu'une petite fille qui lit Kazan, Bari, chien loup ou Ces dames aux chapeaux verts Mes premiers livres sont mes plus beaux souvenirs et je suis toujours en quête de ce sentiment si précieux où l'on ne fait plus qu'un avec son bouquin, où l'on s'y oublie totalement, où on est dans le livre, où l'on est le livre.

C'est ainsi que j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps dans le métro (dans un temps où je n'étais ni veuve, ni orpheline), j'ai tellement hurlé de rire dans un wagon de train que ma voisine a voulu connaître le titre de mon bouquin (Monsieur Malaussène de Daniel Pennac), et j'ai bien dû m'évader 24 fois du Château d'If... Oui car une autre de mes particularité est de relire les livres que j'aime... de les relire et les re-relire. Et cette épreuve là est difficile à passer ! Parce que certains livres que l'on a adoré supportent très mal d'être scruté une seconde fois. J'ai connu ainsi de graves désillusions, un véritable désenchantement...

Pour dire la vérité, tout cela c'était avant... parce que depuis la mort de Tarquin, je n'arrive plus à lire. A chaque fois c'est pareil, à chaque deuil, je n'arrive plus à me plonger dans un livre... Mais là je sens bien que c'est en train de revenir, le plaisir de lire, l'envie de m'oublier dans les livres est revenue et je sais que je vais bientôt me replonger dans le papier !

Comme je considère que l'état de deuil n'est pas un état normal ni constant (enfin, je le souhaite) je réponds donc à ce questionnaire sans tenir compte de ces contingences factuelles, affectives et émotives et sans même m'interroger quant à savoir si je triche...

  • Combien lisez-vous de livres par an?

Ouf... très compliqué à déterminer... si je suis en métro deux à trois livres par semaine, comme je suis presque tout le temps en vélo, je lis moins qu'avant, sauf si j'ai des déplacements professionnels (vive le train !). Parfois je me noies dans les quotidiens, parfois je dévore des bouquins à tour de bras... Seule constante, je dépense plus d'argent dans les livres que dans les vêtements (et je n'achète quasiment que des poches mais il est vrai que je n'aime pas non plus « m'habiller »). Pour faire une réponse digne de ce nom, je dirais environ 50 livres par an.

Je rajoute de suite que très souvent je ne me souviens pas des titres des bouquins que j'ai lus et que la quatrième de couverture ne suffit pas non plus à m'éclairer, de sorte que je les achète parfois en plusieurs exemplaires...

  • Quel est le dernier livre que vous ayez acheté?

« La photographie » chez Larousse. Donc pour moi pas un vrai livre au sens où je l'entends. Sauf puisque l'on parle de Larousse, j'ai oublié de vous dire que j'adore les dico aussi... Les livres de mots... un vrai régal, on ouvre une page au hasard et on ne sait jamais par où on va parvenir à en sortir...

Mais avec ce bouquin de photo (moi je me perds un peu dans les focales fixes, pas fixes...alors je vais potasser un peu tout ça...) j'ai aussi acheté « le sang du renard » de Minette Walters. Parce que j'adore les polars, et j'adore Minette Walters !

  • Quel est le dernier livre que vous ayez lu?

Techniquement(je reprends les termes exacts de la réponse de Pierre Carion !) c'est donc « la photographie » chez Larousse. Sauf que je ne me souviens plus très bien de toutes les contingences des focales fixes et qu'il va donc falloir que je m'y replonge dare dare... Je passe aussi sur le bouquin de jardinage que je me suis acheté pour tenter de faire quelque chose de l'immense jardin de la demeure, alors que je n'ai jamais rien fait poussé de ma vie...

En réalité, si j'écarte aussi les dico et les bouquins de droit, le dernier livre que j'ai lu c'est « L'appât invisible » de Carol O'Connel et j'ai adoré ! (voui, c'est encore un polar !)

  • Listez 5 livres qui comptent beaucoup pour vous ou que vous avez particulièrement appréciés.

Cinq ? Seulement cinq ? c'est un peu court, jeune homme...

Le premier est facile : c'est celui que j'emporterai sur une île déserte :

« La guerre et la paix » de Léon Tolstoï. Avec une pensée émue pour mon papa qui me l'avait offert en Pléïade. A l'époque j'étais déjà tombée sous la plume de Monsieur Léon Nikolaïévitch Tolstoï notamment avec Anna Karénine — Anna Karénine... je vous en citerais un passage un jour, un extrait de pure génie ! — et avec ses nouvelles, divines, humaines, merveilleuses et réalistes. Lisez ou relisez « Maître et Serviteur », c'est l'essence même du génie russe !

Bref, j'adorais Tolstoï de tout coeur mais un bouquin sur les guerres napoléoniennes, ça me gonflait déjà ! Très moyennement emballée par ce cadeau je me suis dit qu'il ne passerait pas le test des 80 pages... Que nenni ! Je suis tombée dedans au bout de 10 pages, je ne parvenais plus à le quitter, je dormais avec, je respirais avec, je mangeais avec, je pleurais avec, je mourrais avec, je vivais avec.

Dans la multitude de livres que j'adore, que j'encense, et qui me transporte celui-là est unique, peut-être parce qu'il s'agit aussi des guerres napoléoniennes justement, parce que je les ai même aimées ces guerres là, que j'ai frémi quand les armées françaises sont arrivées au bord de la Bérézina, que j'ai compris pourquoi les russes aimaient le vieux général Koutousof, et que ailleurs à Moscou, Pétersbourg ou Tilsit, des gens vivent, s'aiment et meurent, avec tourments ou résignation. Cette oeuvre là est la quintessence du roman !

L'Odyssée d'Homère. Je l'ai lu en classe de cinquième et je me souviens que ma prof de français n'avais pas voulu croire que je l'avais vraiment lu... Il faut croire qu'elle, elle n'avait pas vu derrière ces mots antiques la magie d'Athéna qui sans relâche et sans jamais se décourager va protéger Ulysse contre vents et marée, dans le plus long, le plus beau et le plus merveilleux de tous les périples. J'ai honni Poséïdon, j'ai remercié Leucothée, j'ai respecté Alcinoos, j'ai frémi avec Circé... Et cela continue encore !

Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos Tout est génial dans ce livre ! un roman épistolaire ! la forme la plus aboutie et la plus personnelle que l'on puisse rêver pour des personnages de roman ! Et cette langue... cette façon de vous faire accroître le pire sans que la moindre licence ne puisse s'y trouver. Des mots ciselés, des trésors de non-dit parfaitement exprimés, des chausses-trappes égrillards à chaque virgule, des candeurs suspectes ou si appétissantes... Un pur joyau de maîtrise...

Le comte de Monte Cristo d'Alexandre Dumas. Ce livre là je l'ai lu je ne sais combien de fois... en passant mon bac je me souviens je me faisais violence pour en fermer les pages et enfin réviser... Cela faisait pourtant la 4 ou 5ème fois que je le lisais. Plus tard, je me souviens avoir violemment percuter un poteau de la rue de Charenton en me rendant à l'EFB tout en trépignant dans la rue parce que je savais avant l'intéressée elle-même que Valentine de Villefort allait finir par épouser Maximilien Morel ! Dans ce livre là j'ai vu des fautes, des répétitions, j'ai deviné que certains passages n'étaient pas tous écrits de la même main, j'ai surpris des longueurs, des facilités et des raccourcis, des imperfections... mais je ne l'en aime pas moins... Edmond Dantès reste pour moi l'éternel romanesque, le héros de ma jeunesse qui jamais ne disparaîtra. Il vit quelque part sur une île, loin de tout, vengé des hommes mais infiniment désabusé et j'espère toujours qu'il finira par retrouver son amour, celui de sa Mercédès si belle et si pimpante dans ce Marseille du siècle dernier.

Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell Et le premier qui me dit que c'est un roman à l'eau de rose trahira le fait qu'il n'a pas lu ce sommet d'impertinence policée, d'incorrections révérencieuses passées au crible d'une plume aussi ronde que souple. Il faut un sacré génie pour inspirer le respect pour une femme qui ne respecte rien, et pas même ses enfants, qui triche mal et sans vergogne, qui ne recule devant rien pour parvenir à ses fins, dont la seule chose digne d'admiration n'est certainement pas son intelligence mais sa beauté insolente et... sa rage de vivre...

En vieillissant j'ai découvert de façon surprenante que ce livre n'était quasiment jamais lu par la gent masculine... Pourtant c'était le livre préféré de mon papa et il nous le disait souvent, preuve à mes yeux que c'était vraiment quelqu'un d'intelligent...

Voilà, pour les cinq de la question. Je complète pourtant ma réponse en vous indiquant qu'il y a aussi les bouquins que j'exècre et dont, contrairement à nombre d'avis autorisés, je ne comprends pas même comment on peut les avoir terminés. Le premier de cette liste est Belle du Seigneur d'Albert Cohen... Ce livre est à mes yeux quasiment illisible tellement il m'ennuie et son succès est pour moi une véritable énigme...

  • A qui allez-vous passez le relais (3 blogs) et pourquoi?

Eu égard à ma conviction que les bouquins ne doivent être que du bon temps, à personne et à tout le monde, à tous ceux qui, en lisant ce billet, auront envie de partager à leur tour leur amour ou leur désamour des livres.